POINT DE VUE

Ciseaux génétiques CRISPR-Cas9 : révolution en vue dans le cancer ?

Dr Manuel Rodrigues

Auteurs et déclarations

22 septembre 2016

Le blog du Dr Manuel Rodrigues – Oncologue

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Une révolution biotechnologique est en cours, basée sur une technologie moléculaire dite CRISPR-Cas9, qui permet concrètement de modifier n’importe quelle séquence d’ADN dans une cellule (Clustered Regularity Interspaced Short Palindromic Repeat – CRISPR ASsociated proteine 9).

Cette technologie permet « de retirer ou d’ajouter un gène, ou de provoquer/réparer une mutation, par un système enzymatique simple, de manière rapide et peu coûteuse », précise le Dr Rodrigues. Il pronostique un Nobel dans les prochaines années pour l’équipe qui a découvert cette technologie, dont fait partie d’ailleurs une chercheuse française.

Quand on pense modification du génome, le premier problème est d’ordre éthique. Aujourd’hui, un certain nombre de scientifiques mettent d’ailleurs en garde vis-à-vis de cette technique, « tellement simple que les laboratoires de biologie moléculaire partout dans le monde seront bientôt rodés pour la mettre en œuvre ».

Le potentiel thérapeutique est néanmoins lui aussi considérable. L’idée la plus évidente est d’utiliser CRISPR-Cas9 pour stimuler des lymphocytes T, et les rendre réactifs vis-à-vis de cellules tumorales.
Deux pistes sont actuellement développées : les lymphocytes autologues et les lymphocytes allogéniques.

Dans le premier cas, il s’agirait de prélever des lymphocytes T d’un patient cancéreux, de les modifier ex vivo d’une part pour les rendre réactifs vis à vis du cancer en question, et d’autre part pour lever tous les freins à leur prolifération, puis de les réinjecter au patient.
Deux pays sont en pointe dans ce domaine : les Etats-Unis et la Chine. On attend le lancement d’essais cliniques en 2017 indique le Dr Rodrigues, qui note cependant un risque de prolifération incontrôlée des lymphocytes réinjectés. « Le risque de leucémie existe, et sera l’un des points à surveiller ».

Seconde piste : des lymphocytes T allogéniques, prélevés chez un donneur sain, et modifiés en culture pour réagir contre un antigène particulier – par exemple CD19. Ces cellules modifiées, désignées sous le nom d’UCART (Universal Chimeric Antigen Receptor T Cell) par la société qui les développe, ont en fait déjà été administrées expérimentalement, en 2015, à un nourrisson atteint d’une leucémie incurable. « L’enfant a été mis en rémission complète après 4 semaines », indique le Dr Rodrigues, qui évoque aussi, au conditionnel, un second enfant traité en 2016, « encore une fois efficacement ».

 

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