POINT DE VUE

Pancréas artificiel dans le diabète de type 1: « On y est ! », selon A Penfornis

Pr Alfred Penfornis, Pr Ronan Roussel

Auteurs et déclarations

19 septembre 2016

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Enregistré le 15 septembre 2016, à la Munich, Allemagne

En direct du congrès de l’Association européenne pour l'étude du diabète (EASD) 2016, Alfred Penfornis et Ronan Roussel commentent les résultats de plusieurs études sur le pancréas artificiel, un système en « boucle fermée » qui permet une administration automatique de l’insuline en fonction des glycémies mesurées en continu.

TRANSCRIPTION

Ronan Roussel : Bonjour et bienvenue sur le plateau de Medscape à Munich, à l’occasion de l’EASD. Beaucoup de nouveautés cette année, y compris sur les nouvelles technologies, en particulier les technologies innovantes de délivrance de l’insuline et de surveillance de la glycémie.

Alfred Penfornis, Professeur de Médecine à Paris, et diabétologue à Corbeille-Essonne, pouvez-vous nous en dire un petit peu plus sur ces nouveautés, en particulier les pompes qui tiennent compte de la glycémie mesurée de façon instantanée? La boucle fermée, est-ce qu’on y est?

Alfred Penfornis : Oui, on y est. On peut vraiment le dire. On a eu, lors de ce congrès, une session sur la mesure continue et la boucle fermée, avec une communication de Richard Bergenstal qui a montré les résultats [1] de trois mois à domicile chez des patients qui étaient équipés de la pompe MiniMed 670G -- c’est la pompe de Medtronic, qui est la version suivant la MiniMed 640G qu’on connaît en France -- donc couplée au système de mesure en continu. On a ce système en France, mais il n’est pas encore remboursé.

Ronan Roussel : Mais ce n’est pas tout à fait une boucle fermée…

Alfred Penfornis : Alors il s’agit de la première étape de la boucle fermée. C’est-à-dire, qu’en fait, il y a déjà des fonctions automatiques sur l’arrêt avant une hypoglycémie. C’est ce que les américains appellent « hypominimizer ». Donc c’est la toute première étape, et là on vient de franchir une deuxième étape qui est « hypominimizer » et « hyperminimizer ».

Ronan Roussel : On comprend bien le principe mais est-ce que vous pouvez nous dire ce qui est démontré en terme d’évidence de haut niveau? Ces pompes ont-elles été testées en conditions réelles? Est-ce que c’est cela qui a été présenté par Bergenstal à cette réunion?

Alfred Penfornis : Oui, c’est ça. C’est vrai que les boucles fermées, jusqu’à présent, ont été testées d’abord à l’hôpital sur 24 heures avec toute une artillerie de soignants, et puis ensuite dans un hôtel proche de l’hôpital avec une infirmière qui dormait dans la chambre à côté. De plus en plus, on va vers la vie réelle et c’est le cas dans ce travail. Il est à noter qu’il n’y avait aucun contrôle, écran ou pas. On donnait au patient sa pompe et il n’y avait pas du tout de surveillance à distance, pas de télémonitoring comme il peut y avoir dans d’autres systèmes. Le patient a donc passé trois mois chez lui, avec la boucle ouverte ou avec ce système de boucle fermée, qui est vraiment une boucle fermée partielle, semi-fermée.

Le patient doit encore renseigner ses repas, dire quand il mange et renseigner la quantité des repas, quand il va faire une activité physique etc. La pompe et le système de boucle fermée s’occupent du reste à distance des repas, entre les repas.       

Ronan Roussel : D’accord. Donc il doit renseigner et c’est un assistant de calcul de bolus qui lui dit le bolus à faire et c’est lui qui fait le bolus?

Alfred Penfornis : Alors non. Là c’est encore le patient qui fait le bolus, et la pompe s’occupe effectivement de tout le reste après.

On a vu les courbes qui se superposaient sans et avec, donc on a effectivement un écart type qui est beaucoup plus faible, une moyenne beaucoup plus stable. Cela a été testé chez des adultes et des adolescents. Alors c’est assez rigolo, si on peut dire. En effet, ce que l’on voit chez les adultes, c’est qu’ils font moins d’hypoglycémies -- la courbe monte un peu et plus étroite -- et chez les adolescents on imagine que c’est le contraire, ils sont moins dans le haut, ça baisse, et ils ne font aucune hypoglycémie sévère, donc aucun épisode particulier…

Ronan Roussel : Pour trois mois de test, sur combien de patients?

Alfred Penfornis : Je n’ai plus le nombre de patients en tête, exactement. Le demandeur, c’était quelques dizaines de patients. Il faudra, regarder la communication qui va sortir, mais dans tous les cas, on peut dire que nous y sommes. La 670G va être commercialisée aux États-Unis, en 2017 je crois ou très prochainement, et elle devrait l’être en Europe très rapidement après.

Ronan Roussel : D’accord. Y a-t-il des nouveautés sur le remboursement?

Alfred Penfornis : Alors non. En France on sait que le système de Medtronic avec la 640G a obtenu une ASA [Amélioration des Servies Attendus] IV. Le système free-style libre dont les résultats ont été discutés lors d’un symposium a obtenu une ASA III. Maintenant, c’est au niveau du Comité économique des produits de santé (CEPS) et du prix que ça va jouer. Le délai peut être très court comme il peut être, malheureusement, très long. Mais on espère.

Alors ça c’était le système américain.

Ronan Roussel : Et les « Frenchies » sont pas mal en avance pour ce qui est des algorithmes de boucle fermée. Des nouveautés ont-elles été présentées ici?

Alfred Penfornis : Oui, c’était en marge du congrès, lors de la réunion de la commission de travail télémédecine et technologies innovantes de la SFD [Société Française du Diabète] présidée par Pierre-Yves Benhamou, et où [ont été] présentés les résultats de Diabeloop. Ce projet est conduit par Guillaume Charpentier. Alors les français sont partis de plus loin mais ils sont en train de rattraper leur retard à vitesse grand V. Pour l’instant, ce qui a été montré, c’est chez les patients sur trois jours à l’hôpital, mais avec des situations. Cela n’a jamais été fait, en particulier on a testé le l’algorithme chez des patients qui étaient sédentaires et qui mangeaient normalement; mais un autre tiers des patients a eu des repas exceptionnels - japonais, gastronomie française, italien avec pizza-tiramisu – donc on a vraiment sondé ce que ce que l’algorithme avait dans la peau.

Ronan Roussel : … à l’extrême!

Alfred Penfornis : Puis il y avait une session d’activité physique où les patients faisaient trois jours d’activité physique à intensité modérée ou intense. Les résultats sont absolument spectaculaires, ils sont très comparables (même si ça reste trois jours) à ce que l’on peut voir dans les équipes internationales. Donc c’est très encourageant.

Ronan Roussel : Et ces systèmes restent mono-hormonaux? Est-ce qu’il y avait des données sur les systèmes bi-hormonaux, avec insuline et glucagon, parce qu’on peut imaginer en particulier que quand l’hypoglycémie approche, avec un peu de glucagon, on améliore encore le retour à une situation normale…

Alfred Penfornis : Alors tout à fait. Il y a en fait plusieurs systèmes pour essayer de prévenir l’hypoglycémie. Parce qu’on sait que de temps en temps, même si le débit de base s’arrête, si le système ne diffuse plus d’insuline, il y a une certaine inertie qui fait qu’on va quand même à l’hypoglycémie. Dans le système Diabeloop par exemple, son algorithme intègre le fait de prévenir le patient : si l’algorithme voit que l’arrêt de l’infusion de l’insuline n’est pas suffisant et que la courbe continue de décroître, il envoie un signal « prenez tant de grammes d’hydrates de carbone ». Mais tu as raison, c’est [Edward] Damiano qui fait ça à Boston, qui a un système de double infusion glucagon-insuline, il nous en a montré encore des résultats [2] ici comme il l’avait fait à l’American Diabetes Association (ADA) 2016. C’est aussi tout-à-fait spectaculaire : on a des courbes qui sont absolument superbes. Donc là encore, dans des conditions de vie de plus en plus réelles. Je peux le dire : on y est!

Ronan Roussel : Bien. Merci beaucoup, à bientôt.

 

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