Prévalence «stupéfiante» des déficits cognitifs chez les sauveteurs du 11 septembre

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

9 septembre 2016

New-York, Etats-Unis – Parmi les sauveteurs engagés sur le site du World Trade Center le 11 septembre 2001, la prévalence des déficits cognitifs dépasserait aujourd’hui 12%, et celle des démences, 1%. L’étude est publiée dans la revue Alzheimer’s & Dementia , pour coïncider avec les 15 ans de l’attaque des tours du World Trade Center [1].

Les auteurs, qui suivent une cohorte de plus de 8000 de ces sauveteurs, rappellent que « l’association entre stress post-traumatique et déficit cognitif peut toujours relever d’une causalité inverse ».

En fait, c’est une pure précaution oratoire. En effet, d’une part, un lien entre syndrome post-traumatique et déficit cognitif ultérieur a déjà été établi chez les militaires américains [2]. D’autre part, les observations réalisées ici chez des civils, montrent une corrélation entre déficit cognitif et persistance de l’état de stress post-traumatique, et entre apparition du déficit cognitif et aggravation récente de ces symptômes de stress.

Après le stress post-traumatique, la santé mentale

L’étude a été menée chez des sauveteurs intervenus sur le site du World Trade Center. « Des milliers de volontaires ont prêté leur assistance lors des opérations de recherche, sauvetage et nettoyage », indiquent les auteurs. « Ils ont été exposés à une gamme extraordinaire de traumatismes psychologiques, et à l’exposition à de nombreux toxiques. Peu d’entre eux ont été physiquement blessés lors des opérations, mais la plupart ont été témoins de décès, confrontés à des corps démembrés, ont aidé des personnes à fuir, ont perdu des collègues dans l’effondrement des tours, ont fouillé les débris à la recherche de survivants ».

Ces sauveteurs sont suivis de près, dans le cadre d’un programme mis en place par les CDC en juillet 2002. Ce programme a notamment permis de dépister des symptômes de stress post-traumatique chez quelques 20% d’entre eux. On semble maintenant se préoccuper de la santé mentale de ces personnes.

Sur un effectif suivi de 33000 sauveteurs, la Stony Brook University (New-York), qui a mené l’étude, suit une cohorte de plus de 8000 personnes résidant à Long Island.

12,8% de déficits cognitifs et 1,2% de « démences possibles »

Entre janvier 2014 et avril 2015, environ un tiers de ces personnes ont été testées pour d’éventuels déficits cognitifs, lors de leur visite annuelle. L’échelle utilisée était la Montreal Cognitive Assessment (MoCA).

Après exclusion des personnes blessées à la tête durant les opérations, l’analyse porte sur 813 sujets disposant de données complètes : cet échantillon est comparable à l’ensemble de la cohorte en ce qui concerne les principales données médicales et socio-démographiques.

Chez ces sujets, âgés de 53 ans en moyenne, une prévalence des déficits cognitifs de 12,8% a été observée (MoCA < 23), ainsi qu’une prévalence de 1,2% de « démences possibles » (MoCA < 18).

On note que chez des sauveteurs non éligibles, mais également testés, une prévalence équivalente (12,5%) de déficits cognitifs a été observée.

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