Cancer de la thyroïde : 500 000 patients sur-diagnostiqués… et traités

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

23 août 2016

Si le sur-diagnostic a indéniablement fortement augmenté entre 1988 et 2007, difficile de dire si la tendance se poursuit car les données post-2007 ne sont pas disponibles, indiquent les auteurs, qui ajoutent : « néanmoins, si on considère la période la plus récente, c’est-à-dire 2003-2007, comme représentative de la pratique courante, alors le sur-diagnostic compte pour 90% des cas de cancers de la thyroïde en Corée du sud, 70 à 80% aux Etats-Unis, en Italie, en France et en Australie ; et 50% au Japon, dans les pays nordiques, en Angleterre et en Ecosse ».

Chez les hommes, les modifications d’incidence ont suivi la même tendance mais de façon moins prononcée, et avec des pics à des âges plus élevés.

Au total, on estime que plus de 470 000 femmes et 90 000 hommes ont connu un sur-diagnostic de cancer de la thyroïde au cours des 20 dernières années dans le 12 pays étudiés, soit une proportion de 70% en France, en Italie et en Corée du Sud, de 45% aux Etats-Unis et en Australie ; et moins de 25% dans tous les autres pays étudiés.

Préférer une surveillance attentive pour les petits nodules

Sur la base de ces données, les chercheurs de l’IARC met en garde contre le dépistage systématique de la thyroïde et l’investigation des petits nodules (< 1 cm) quand une surveillance attentive s’avère être une option préférentielle pour ces patients avec un faible risque tumoral. Les auteurs citent, à ce titre, des études japonaises montrant qu’une chirurgie immédiate ou une surveillance attentive ont la même efficacité pour prévenir les décès dus au cancer de la thyroïde : « seule une faible minorité (3,5%) des 1235 patients avec un microcarcinome papillaire suivis sur 75 mois en moyenne ont connu une progression clinique de leur pathologie, et aucun n’est décédé » disent-ils.

 
Le risque est, en effet, de retirer tous les microcarcinomes, alors qu'ils sont très nombreux et qu'ils ne vont pas forcément évoluer -- Pr Daniele Dehesdin
 

Interrogé par Medscape Edition Française en 2013, suite à la publication du BMJ qui affirmait déjà que les nouvelles performances de l'imagerie médicale alimentent « une épidémie de diagnostics et de traitements de cancers de la thyroïde qui n'auraient pas progressé jusqu'aux symptômes et au décès », le Pr Daniele Dehesdin (médecin cancérologue, chirurgienne maxillo-facial, spécialiste en orl et chirurgie cervico-faciale, CHU Rouen) indiquait alors : « le risque est, en effet, de retirer tous les microcarcinomes, alors qu'ils sont très nombreux et qu'ils ne vont pas forcément évoluer. Quand on met en parallèle les risques d'une chirurgie thyroïdienne, il faut rester prudent. Lorsqu'il n'y a pas de facteurs de risque qui requièrent d'enlever le nodule immédiatement, il faut réaliser, tous les six mois, une ponction échoguidée à visée cytologique. S'il y a le moindre doute, que le nodule grossi, qu'il a des microcalcifications, ou une vascularisation particulière, il faut l'enlever ».

Renommer un cancer pour refléter son caractère indolent

Pour aider les patients à choisir le plus sereinement possible entre une surveillance active et un traitement immédiat et intensif, les auteurs de l’article du BMJ proposaient d'éviter le terme de « cancer thyroïdien » pour les formes papillaires de diamètre inférieur à 20 millimètres et de les nommer « lésions micropapillaires peu évolutives. »

Au printemps dernier, pour refléter le fait que certains carcinomes de la thyroïde sont bien non invasifs et avec un faible risque de récurrence, un panel international de pathologistes et de cliniciens a effectivement décidé de renommer le carcinome papillaire thyroïdien variante folliculaire encapsulé (EFVPTC) non invasif en néoplasme thyroïdien folliculaire non invasif avec des caractéristiques nucléaires de type papillaire (NIFTP). « A ma connaissance, il s’agit de la première fois, dans l’ère moderne qu’un type de cancer est reclassé en non-cancer. J’espère que cela montrera l’exemple à d’autres groupes d’experts afin qu’ils revoient la nomenclature de différents types de cancers indolents pour limiter les traitements inappropriés et coûteux », commentait alors l’investigateur principal, le Pr Yuri Nikiforov (Service de pathologie moléculaire et génomique, Université de Pittsburg, Etats-Unis).

Quid de l’impact de Tchernobyl ?
Dans un rapport paru en 2011, l'InVS confirmait l'augmentation de l'incidence des cancers de la thyroïde en France (+ 6% par an) entre 1980 et 2005 métropolitaine mais se refusait à interpréter cette tendance comme une retombée de l'accident de Tchernobyl préférant l’argument de la forte évolution des pratiques diagnostiques sur cette même période. Selon les auteurs, « les évolutions temporelles et les répartitions spatiales » observées au travers des différents registres excluaient toute implication majeure de l'accident nucléaire.

 

Voir le dossier

REFERENCES:

  1. Vaccarella S, Franceschi S, Bray F et al,Worldwide Thyroid-Cancer Epidemic? The Increasing Impact of Overdiagnosis. N Engl J Med 2016; 375:614-617 DOI: 10.1056/NEJMp1604412

  2. IARC/WHO. Overdiagnosis is a major driver of the thyroid cancer epidemic: up to 50–90% of thyroid cancers in women in high-income countries estimated to be overdiagnoses, communiqué de presse,18 Août 2016

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