L’activité du cerveau sous hypnose décryptée

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

9 août 2016

Stanford, Etats-Unis – L’hypnose repose sur des mécanismes cérébraux particuliers. Grâce à l'imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf), l’équipe du Pr David Spiegel (Stanford University School of Medicine, Palo Alto, Californie) vient de mettre en évidence trois types de modifications neuronales qui sous-tendent cet état particulier de conscience [1]. « Je pense que nous avons une preuve assez définitive ici que le cerveau fonctionne différemment en état d’hypnose » a affirmé le chercheur au New York Times [2].

Alors que les potentialités cliniques de l’hypnose, de même que ses champs d’application notamment à l’hôpital, se développent de plus en plus, il reste beaucoup d’inconnues quant à son mode de fonctionnement au niveau physiologique. Les chercheurs ont déjà exploré le cerveau de personnes sous hypnose, dans le but d’observer ses effets sur la douleur ou d’autres formes de perception. Mais aussi surprenant que cela puisse être « il n’y a jamais eu jusqu’à présent d’études dont le but est simplement de se demander ce qui se passe dans le cerveau quand vous êtes sous hypnose » selon le chercheur de Stanford, d’où l’intérêt de ce travail visant à évaluer l’activité et la connectivité neuronales lors de la transe hypnotique.

Observer le fonctionnement cérébral des « hautement » hypnotisables

« 10% de la population est considérée comme étant très sensible à l’hypnose, tandis que le reste de la population est moins susceptible d’entrer en transe hypnotique » considère le Pr Spiegel [3]. Dans cette étude sur le fonctionnement de l’hypnose en elle-même, les chercheurs ont donc passé en revue 545 personnes et en ont sélectionné 57 sur la base de tests évaluant la capacité à être hypnotisées. Parmi elles, 36 ont été classées comme très sensibles à l’hypnose, alors que 21 ont été définies comme peu hypnotisables.

Les 57 participants ont ensuite subi une IRMf qui détecte l’activité cérébrale en enregistrant des modifications de flux sanguin. Chaque personne a été observée dans quatre états : au repos, se remémorant un souvenir et lors de deux sessions d’hypnose (évoquant l’une, un souvenir heureux, l’autre, une situation de vacances). Pour étudier les modifications d’activité et de connectivité, les chercheurs se sont intéressés préférentiellement à 3 réseaux cérébraux :

- le réseau exécutif (ECN) impliqué dans la prise de décision, l’attention et la mémoire de travail. D’un point de vue neurophysiologique, celui-ci implique classiquement le cortex préfrontal dorsolatéral ( bilatéral ) et les cortex pariétaux supérieurs.

- le réseau du mode par défaut (DMN) correspondant à l’état de base, inoccupé. Il se situe dans plusieurs structures incluant le cortex cingulaire antérieur et le cortex préfrontal médian.

- le réseau de saillance (SN) impliqué dans le travail de hiérarchisation des informations. Il comprend le cortex cingulaire antérieur (dorsal), le cortex fronto-insulaire et s’étend jusqu’aux régions subcorticales comme l’hypothalamus.

Des modifications de l’activité neuronale compatibles avec les caractéristiques de l’hypnose

A l’imagerie, Spiegel et ses collègues ont bien mis en évidence des changements dans ces trois régions cérébrales. Chacune des modifications n’a été observée que dans le groupe de participants « hautement hypnotisables » et seulement quand ils étaient dans un état hypnotique – donc très différents de l’état de repos ou de remémoration.

Les changements observés sont de trois ordres :

- primo, une moindre activité dans la zone du cortex cingulaire antérieur (dorsal), où se situe le réseau de saillance, laissant supposer que les différentes informations ne sont plus (ou beaucoup moins) hiérarchisées sous hypnose. Le Pr Spiegel confirme « lors d’une transe hypnotique, vous êtes tellement absorbés que vous ne vous préoccupez de rien d’autre » [3].

- secundo, les chercheurs ont noté une augmentation des connexions entre deux zones du cerveau : le cortex préfrontal dorso-latéral et l’insula. « Cet accroissement de la connectivité est intéressant car l’insula est impliquée dans le traitement du contrôle du corps et de l’expérience, de l’émotion, de l’empathie et du temps. Ces résultats sont cohérents avec le rôle de l’insula dans la régulation cérébrale des symptômes somatiques et compatibles avec la capacité qu’on les individus sous hypnose d’être intensément absorbés et d’avoir des fonctions et perceptions somatiques altérées » commentent les chercheurs.

 
Cela renforce l’idée que l’hypnose est un état de conscience particulier, plutôt qu’un moindre niveau d’éveil – les chercheurs
 

- tertio, l’équipe de Spiegel a montré un nombre réduit de connexions entre le cortex préfrontal dorsolatéral et le réseau du mode par défaut, qui inclut le cortex préfrontal médian et le cortex cingulaire postérieur. Cette diminution de la connectivité fonctionnelle est compatible avec une déconnexion entre les actions d’une personne et la conscience qu’elle en a. Ce que Spiegel traduit par : « quand vous êtes vraiment absorbé par une tâche, vous ne pensez pas que vous êtes en train de la réaliser, juste vous la faites ». Pendant la transe hypnotique, ce genre de dissociation entre l’action et la réflexion permet à l’individu de s’impliquer dans les activités suggérées par le clinicien – ou par la personne elle-même quand il s’agit d’autosuggestion – sans avoir à consacrer des ressources mentales au fait d’être conscient de pratiquer cette activité ». Pour les chercheurs : « cela renforce l’idée que l’hypnose est un état de conscience particulier, plutôt qu’un moindre niveau d’éveil ».

En résumé, écrivent-ils, « ces changements de l’activité neuronale sous-tendent une attention focalisée, un contrôle somatique et émotionnel exacerbé et une perte de la conscience de soi-même, qui sont des caractéristiques de l’hypnose ».

Remplacer les antalgiques et anxiolytiques

Dans un communiqué, le Pr Spiegel ajoute que ces résultats ouvrent une nouvelle voie permettant aux individus les « moins hypnotisables » de bénéficier de l’état hypnotique. « Nous sommes particulièrement intéressés par l’idée de modifier la susceptibilité à l’hypnose de certaines personnes en stimulant des zones spécifiques de leur cerveau. Un traitement qui combinerait stimulation cérébrale et hypnose pourrait améliorer les effets analgésiques connus de l’hypnose et potentiellement remplacer les médicaments antalgiques et anxiolytiques, qui sont à la fois addictifs et non dénués d’effets indésirables ». Bien sûr, « d’autres travaux de recherche seront nécessaires avant de pouvoir proposer de tels traitements. »

 

REFERENCES :

  1. Jiang H, White MP, Greicius MD et al. Brain Activity and Functional Connectivity Associated with Hypnosis. Cereb. Cortex (2016) doi: 10.1093/cercor/bhw220

  2. Goode E. Is Hypnosis All in Your Head? Brain Scans Suggest Otherwise, NYT 29 July 2016.

  3. Study identifies brain areas altered during hypnotic trances, Stanford Medicine News Center, 28 july 2016

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