Zika, dopage et performances aux JO de Rio : interview du Pr JF Toussaint  

Dr Catherine Desmoulins

Auteurs et déclarations

20 juillet 2016

Dans cet article

REACTUALISATION--24 Juillet 2016, Lausanne, Suisse--La Russie a finalement été autorisée par le Comité international olympique (CIO), dimanche 24 juillet, à participer aux jeux qui se dérouleront dans 11 jours.
Le CIO a décidé de ne pas suspendre le Comité national olympique russe (ROC) et de laisser les fédérations internationales décider au cas par cas de la participation des sportifs russes, selon des critères stricts. Tout antécédent de dopage interdira la participation aux Jeux. En outre, les athlètes devront avoir été testés par des organismes anti-dopage fiables au niveau international.
Ce verdict est rendu six jours après la publication du rapport de Richard McLaren de l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) qui a démontré l’existence d’un « système de dopage d’Etat » de 2011 à août 2015 en Russie
De son côté, l'AMA ne cache pas sa déception. Elle reconnaît la décision du CIO sur la Russie, mais maintient son appui aux recommandations de son Comité exécutif.

« L’AMA est déçue que le CIO n’ait pas tenu compte des recommandations de son Comité exécutif qui s’appuyaient sur les résultats de l’Investigation McLaren et qui aurait assuré une approche claire, forte et juste », a commenté Sir Craig Reedie, Président de l’AMA.

Pr Jean-François Toussaint

Paris, France et Rio, Brésil - Les Jeux Olympiques (JO) d’été vont avoir lieu dans un pays où plus de 90 000 cas de Zika ont été recensés cette année. Fallait-il annuler ces jeux du fait de la menace sanitaire ? Peut-on faire confiance au comité international olympique pour la lutte anti-dopage ? Allons-nous encore enregistrer de nouveaux records ? Nous avons posé ces questions au Pr Jean-François Toussaint, Directeur IRMES (Institut de Recherche Médicale et d'Epidémiologie du Sport, Paris).

Risque de Zika

Medscape édition française – Compte-tenu des conditions climatiques dans l’hémisphère sud, peut-on considérer que l’épidémie de Zika est derrière nous ou bien que les JO font courir un risque sanitaire à des pays jusqu’alors épargnés?

JF Toussaint -- L’épidémie de Zika est en expansion sur l’ensemble de la planète du fait des échanges internationaux. Pour son risque lié au développement fœtal, il va concerner principalement les femmes au début d’une grossesse non connue car si ces femmes connaissent à la fois les risques et leur grossesse, elles ne viendront probablement pas. Par ailleurs, si c’est une grossesse avancée, en général, elle est assez peu compatible avec une activité physique très soutenue qui est celle des athlètes olympiques. Pour la question du risque d’infection en cas de grossesse non connue, un certain nombre de tests et d’évaluations seront proposés.

Les risques de diffusion d’une épidémie sont accélérés par les transports aériens mais ils ne sont pas liés aux évènements eux-mêmes.

Certains avaient demandé de reporter les JO en raison de ce risque mais on voit que l’on atteint là les limites de nos capacités d’action, compte tenu du fait que les transports internationaux ne vont pas être multipliés par 100 au moment des JO. On ne va pas annuler tous les rassemblements de personnes du fait de l’extension des moyens de communication qui permettent aussi l’expansion des agents vectoriels. Les risques de diffusion d’une épidémie sont accélérés par les transports aériens mais ils ne sont pas liés aux évènements eux-mêmes. Cela change la façon dont on doit imaginer nos rendez-vous internationaux mais je rappelle qu’à ce jour, les seules compétitions olympiques qui ont été annulées sont celles qui se déroulaient durant les deux premières guerres mondiales.

Quelle est la durée d’acclimatation avant les épreuves ? Est-il possible de contracter une infection, zika, dengue ou chikungunya durant les entrainements sur place ? Faut-il avoir recours aux répulsifs pour les athlètes ?

La durée de séjour à Rio dépend du temps de la compétition et du temps de préparation. On compte une journée d’acclimatation par heure de décalage horaire. Il ne sera donc pas indispensable d’arriver 3 semaines avant. Ensuite, cela dépend de l’adaptation aux conditions thermiques chaudes et de l’épreuve elle-même. Si elle est en circuit fermé, en gymnase couvert et climatisé, les impacts seront relativement faibles, sauf à passer le reste de la journée dans un climat caniculaire, ce qui ne devrait pas être le cas au mois d’août. C’est essentiellement le décalage thermique qui pose problème mais il ne devrait pas être trop important pour les sports collectifs (baskets, handball, volley), les sports de type haltérophilie, l’escrime, les sports de combat. Il restera le football qui a l’habitude de cette exposition à l’extérieur, le triathlon, le marathon, l’athlétisme, l’aviron. Le grand nombre d’épreuves internationales menées en extérieur nous a permis de préciser les risques environnementaux courus par les athlètes, lesquels incluent la pollution.

A ce sujet, on se souvient qu’aux JO de Pékin en 2008, les autorités chinoises avaient pris des mesures drastiques pour réduire la pollution atmosphérique (usines arrêtées ou au ralenti, circulation alternée). Rio es une ville portuaire en bord de mer moins pénalisée que des villes au front très stable comme Athènes ou Los Angeles, il ne devrait pas y avoir de problème de pollution atmosphérique. En revanche, la qualité du plan d’eau de la lagune pour les épreuves de canoé kayak et de voile a été mise en cause mais le risque est nettement moindre.

Quant à la prévention des piqures de moustique, c’est prévu, non pas de façon systématique mais en fonction des déclarations des autorités sanitaires au début du mois d’août. Il y aura des moyens éventuellement à mettre en place, on verra ce que les recommandations contiendront. L’enjeu est ici celui de l’appréciation initiale du risque de contamination.

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