Qui fixe le prix des médicaments ? L’éclairage du Pr Durand-Zaleski

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

19 juillet 2016

Dans cet article

La rationalité et ses limites

L’attitude des pays vis-à-vis de la notion de seuil pour accepter une dépense de santé, n’est absolument pas homogène. Explicite au Royaume-Uni, la notion est au contraire rejetée en Allemagne, « où ce qui est explicite, c’est qu’on n’en veut pas ».

Reste la catégorie la plus fournie, celle des pays à seuil plus ou moins implicite.

Comment les choses se passent-elles en pratique ? Très simplement, le modèle économique proposé par l’industriel est confronté au modèle économique proposé par la HAS.

Au passage, deux remarques du Pr Durand-Zaleski. Premièrement, les modèles peuvent être sophistiquées, puisque, « avec ses superbes cohortes, la cardiologie a mis la barre assez haut, et maintenant, les décideurs veulent des extrapolations vie entière ».

Deuxièmement, « tous les industriels, toutes les couvertures santé travaillent là-dessus, donc toutes les informations sont publiques – c’est à dire accessibles aux groupes, lobbies, etc… ». On n’est donc pas dans un contexte où la rationalité toute nue prévaut spontanément. Et peut-être cela vaut-il d’ailleurs mieux ainsi.

L’état américain de l’Oregon avait un temps envisagé d’appliquer une stricte rationalité aux décisions d’économies de santé. En substance, « on prend l’annuaire des ratios d’efficiences, on commence par prendre en charge ce qui relève du meilleur ratio, puis au passe au second, etc, jusqu’à épuisement du budget », résume Pr Durand-Zaleski. La conséquence aurait été un rationnement des soins pour les personnes affiliées au Medicaid, et le programme n’a jamais été mis en place.

A côté du coût/efficacité, il existe bien des critères pour décider. « Certains sont inacceptables : fixer des seuils de traitement en fonction du sexe, de la race, de la religion ou de l’orientation sexuelle. D’autres sont contestés, comme la taille de la population concernée et la taille du bénéfice, l’âge, la responsabilité personnelle en matière de santé, etc ».

« On a tous des seuils implicites sur ces questions », souligne le Pr Durand-Zaleski. « Concernant le rapport taille de la population concernée/taille du bénéfice, faut-il privilégier un mois de traitement donné à 10 personnes, ou 10 mois à une personne ? En France, on considère que 2-3 mois est la durée minimum pouvant être prise en compte. L’âge est un critère que les américains refusent d’intégrer dans l’évaluation du coût/efficacité, car il discriminerait les personnes âgées. Quant à la responsabilité personnelle, il s’agirait d’un critère vraiment inique puisqu’il pénaliserait toujours les mêmes ».

Tous ces critères sont en fait pondérés en fonction « de l’histoire du pays, de la culture, des dettes morales que l’on peut sentir peser sur soi, et on revient donc à l’aspect politique des choses », indique le Pr Durand-Zaleski. « Le politique est premièrement élu, et deuxièmement payé pour ne pas être un technocrate ».

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