Qui fixe le prix des médicaments ? L’éclairage du Pr Durand-Zaleski

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

19 juillet 2016

Dans cet article

Paris, France – Lors du Congrès Français de Cancérologie, la spécialiste de santé publique et d’économie de la santé, Isabelle Durand-Zaleski, a détaillé les différents acteurs et paramètre de la fixation du prix des médicaments. Une belle démonstration de la différence entre coût et prix, de la notion d’efficience et de QALY, des limites des modélisations médico-économiques et du pouvoir maintenu - in fine - des lobbies et des politiques [1].

Le prix des nouveaux traitements du cancer

Les chimiothérapies du cancer en France représentent une dépense de 2,6 milliards d’euros, soit un peu plus de 1% des dépenses de santé (250 milliards). L’ensemble des dépenses liées au cancer représente, lui, une fraction de 12% de l’enveloppe.

Par rapport aux pays comparables, la France arrive en troisième position pour les dépenses du cancer par nombre d’habitants (derrière les Etats-Unis et l’Allemagne, et devant le Japon, l’Italie, le Canada, l’Espagne, le Royaume-Uni et la Corée du Sud). S’agissant de l’augmentation de ces dépenses entre 2010 et 2014, c’est en France, après l’Espagne, qu’elle restée la plus faible de l’ensemble des pays riches.

L’économie du médicament, une économie de marché ?

Le prix n’est pas le coût.

Le coût désigne la valeur des ressources consommées pour obtenir un résultat – produire un médicament ou pour traiter un patient dans le cas présent.

Le prix, dans un marché concurrentiel, est fixé de manière non concertée par la rencontre des offreurs et des demandeurs.

 
Le prix n’est pas fixé par le coût ; ça, c’est de la planification à la soviétique – Pr Isabelle Durand-Zaleski
 

« Le prix n’est pas fixé par le coût ; ça, c’est de la planification à la soviétique », résume le Pr Durand-Zaleski.

Mais la fixation du prix d’un médicament relève-t-elle bien du marché concurrentiel ?

A première vue, pas vraiment. « Il existe en effet un unique acheteur, l’Assurance-maladie (à ne pas confondre avec le demandeur, qui est le patient). Quant à l’offreur, il est en situation de monopole (brevet) ou d’oligopole en cas de partage d’ASMR (même ASMR entre 2 médicaments) », rappelle le Pr Durand-Zaleski.

Pourtant, les prix sont fixés par négociation – « et là, ça commence à ressembler un peu plus au marché ».

On note que cette situation n’est pas systématique. Au Royaume-Uni, notamment, l’industriel demande un prix, que le NHS accepte ou refuse.

On note également que le secret sur le prix, pratiqué en France et que tout le monde critique, est certes peu orthodoxe en économie de marché, mais pourrait être aussi un moindre mal. A preuve : « les Allemands, chez lesquels les prix sont publiés, s’en plaignent ouvertement ».

En France, donc, où il y a négociation, on est malgré tout dans un système de marché, et il est donc faux d’affirmer à tout va « que si les médicaments sont d’un prix élevé, c’est parce qu’ils sont coûteux à produire ». Cet argument des industriels « ne tient pas ».

Seule restriction : le marché se comprend dans un cadre national, puisque, « compte-tenu de l’hétérogénéité des pratiques, les différents pays ne sachant pas vraiment ce que payent les uns et les autres pour les mêmes médicaments ».

Cela étant, le Pr Durand-Zaleski estime qu’il n’est « pas choquant que chaque pays puisse avoir ses priorités sanitaires ». On imagine qu’en effet vis-à-vis du diabète, la Grèce et le Royaume-Uni n’ont pas les mêmes interest.

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