Sucer son pouce ou se ronger les ongles diminuent le risque allergique

Aude Lecrubier, Beth Skwarecki

Auteurs et déclarations

18 juillet 2016

Dunedin, Nouvelle Zélande--Les enfants qui ont sucé leur pouce ou qui se sont rongés les ongles lorsqu’ils étaient à l’école seraient moins sensibles aux allergènes à l’adolescence et à l’âge adulte. En revanche, ils n’ont pas moins d’asthme ou de rhume des foins, d’après les résultats d’une étude de cohorte néo-zélandaise publiée dans l’édition en ligne de la revue Pediatrics[1].

« Nos données confortent l’hypothèse qu’éviter l’exposition orale aux microbes environnementaux augmente le risque de sensibilisation allergique aux allergènes inhalés », indiquent les auteurs de l’étude, Stéphanie Lynch et coll. (Dunedin School of Medicine, Université d’Otago, Nouvelle Zélande).

Les 1037 enfants suivis dans l’étude sont nés entre 1972 et 1973 à Dunedin ou dans les environs, une ville côtière de Nouvelle Zélande entourée de zones rurales. La plupart étaient des néozélandais-européens et les auteurs soulignent que la cohorte est représentative de tous les status socioéconomiques de la région.

 
Nos données confortent l’hypothèse qu’éviter l’exposition orale aux microbes environnementaux augmente le risque de sensibilisation allergique. Stéphanie Lynch
 

Au cours de visites de suivi qui se sont déroulées entre 5 et 11 ans, les parents ont précisé aux chercheurs si leur enfant suçait son pouce ou s’il se rongeait les ongles. Des tests de sensibilité allergique ont été réalisés à 13 ans chez 70 % des participants et à 32 ans pour 93 % d’entre eux : prick tests (tests cutanés) pour les acariens, les graminées, les chats, les chiens, les chevaux,  le kapok, Aspergillus fumigatus, Alternaria, Penicillium, et Cladosporium. Le test réalisé à 32 ans a également inclus les allergènes de cafards.

31% des enfants avec ce type de comportement

Globalement, 31 % d’enfants suçaient leur pouce ou se rongeaient les ongles fréquemment. Or, ces enfants avaient moins de risque d’être allergiques à au moins un allergène à 13 ans (RR=0,67, IC 95 % : 0,48 à 0,92 ; p=0,013) et à 32 ans (RR=0,61, IC 95 % : 0,46 à 0,81 ; p=0,001) vs ceux qui ne suçaient pas leur pouce ou qui ne se rongeaient pas les ongles.

Ces résultats ont été ajustés pour l’atopie, l’allaitement pendant au moins 4 semaines, la présence d’un chat ou d’un chien à la maison, et les antécédents d’atopie chez l’un des parents, les logements surpeuplés, le status socioéconomique et le tabagisme parental.

En revanche, le rhume des foins et l’asthme (autodéclarés) n’étaient pas associés au fait de sucer son pouce ou de se ronger les ongles (p=0,8 pour l’asthme et p=0,9 pour la rhinite allergique) à 13 ans.

Les auteurs expliquent cette différence par le fait que le développement de l’asthme semble moins dépendant du système immunitaire que l’atopie, et que seul un tiers des asthmes infantiles sont associés à l’atopie.

Si d’autres travaux venaient confirmer ces données, sucer son pouce ou se ronger les ongles pourraient être considérés comme des moyens de prévenir les allergies à long terme, selon les auteurs. Ces-derniers ne vont toutefois pas jusqu’à encourager ces habitudes orales en raison des problèmes de dentition ou d’infections des mains qui peuvent y être associés.

Un des auteurs a des liens d’intérêt avec AstraZeneca. Les autres auteurs n’ont pas de liens d’intérêt en rapport avec le sujet.

 

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