Attentat de Nice : ce que l’on sait à J + 4 de la réponse médicale

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

15 juillet 2016

Nice, France – Actualisation

Après l’émotion des premières heures, le retour sur la prise en charge des victimes de l’attentat de Nice se précise : le 17 juillet, 49 blessés étaient encore hospitalisés en urgences absolue, 29 en réanimation (dont un enfant) et 207 en urgence relative. Seules 35 victimes décédées étaient formellement identifiées et des équipes de médecins légistes montpelliéraines, nîmoises, grenobloises, lilloises et marseillaise sont venues prêter main forte aux 8 médecins légistes niçois. Beaucoup de familles se plaignent de la longueur du processus, et au 18 juillet moins de 20 permis d’inhumer ont été délivrés.

Les premiers retours des 28 secouristes présents sur la Promenade des Anglais et des pompiers qui ont été mobilisé permettent de mieux comprendre le dispositif mis en place localement. Le chaos et la sidération initiale ont marqué les esprits. Mais rapidement, dans l’heure qui a suivie , la discothèque le High Club, situé au 47 de la promenade (au début de la zone piétonne)  a été réquisitionnée par les pompiers pour établir un poste de tri. Des dizaines de blessés y ont été déposés par les secouristes, les pompiers et les passants.

Deux zones d’atterrissage d’hélicoptères ont été individualisées 2 h après les faits ce qui a permis de faciliter les transferts des patients dans les hôpitaux des Alpes Maritimes.  

Les médecins et les pompiers de Nice avaient eu l’occasion de participer à une simulation d’attentat chimique dans le cadre de la préparation à l’Euro 2016 dont certains matchs ont été joués à Nice [1,2]

Dr Isabelle Catala

Selon le communiqué de presse du Ministère de la Santé daté du 15 juillet 2016, « suite à l’attentat survenu le 14 juillet, 188 patients ont été pris en charge dans les établissements de santé des Alpes-Maritimes, 84 sont décédés (dont 10 enfants), 48 sont en état d’urgence absolue dont 25 sont encore en réanimation. Un dispositif de prise en charge médico-psychologique a été mis en place sur plusieurs sites ».

Des blessés sur 2 km, du jamais vu

Dès les premières heures qui ont suivi l’attentat, des voix discordantes se sont élevées pour émettre des doutes sur l’efficacité des secours sur place. Certains patients auraient attendu près d’une heure qu’on vienne à leur secours… D’autres ne savaient pas où aller et n’ont pas été dirigés… A l’inverse de Paris, les postes médicaux avancés n’étaient pas structurés pour la prise en charge concomitante de victimes en nombre…

Medscape édition française s’est entretenu avec des médecins du Samu et des spécialistes de médecine de catastrophe pour faire un bilan des premiers éléments. Ces médecins ont souhaité rester anonymes.

« Pour l’instant, ils sont plus fort que nous. Aucun scénario, aucune modélisation n’avait imaginé une telle situation ». « Cet attentat est survenu après une longue période de tension pour les services de police et de soins (état d’urgence, Euro de football) ».

Ce qui fait la particularité de cet attentat vient de la distance très inhabituelle sur laquelle des personnes ont été blessées : 2 km dont les trois quarts étaient restés piétonniers, et particulièrement fréquentés par des piétons qui étaient venus sur la promenade des Anglais voir le feu d’artifice. La circulation des secours s’est révélée difficile, et une partie du boulevard a été bloquée par des voitures qui passaient par là et dont les conducteurs se sont portés au secours des blessés. Au niveau de la zone piétonne, la densité humaine était très élevée. Par ailleurs, la foule était compacte, composée de familles et de nombreux étrangers désorientés ce qui a compliqué l’accès des secours sur les lieux.

Les soins sur place ne pouvaient pas être assurés « Dans ces conditions, vu la distance sur laquelle il aurait fallu intervenir, il était impossible de mettre en place un poste médical avancé. Deux centres de tri des victimes avec un recours à tous les moyens de transport (y compris des véhicules de passants non médicalisés) auraient été nécessaires pour orienter les victimes. Les soins sur place ne pouvaient pas être assurés dans ce contexte ».

« A l’hôpital de proximité L’Archet qui se situe au bout de la promenade des Anglais, à proximité de l’aéroport, un grand nombre de personnes se sont présentées d’elles-mêmes. Généralement, en médecine de catastrophe, les blessés ne sont pas transportés dans les hôpitaux de proximité qui sont naturellement surchargés».

« Le tri dynamique sur les 2 km était impossible. Idéalement, il aurait fallu transporter des blessés dans les départements voisins afin de ne pas embouteiller les hôpitaux des Alpes-Maritimes, mais cela n’a pas été possible ».

«  Les intervenants et les autres médecins de catastrophe en France vont désormais débriefer mais personne ne pourra répondre de façon définitive à la question que l’on se pose tous : aurait-il mieux valu prendre en charge sommairement – et parfois mal – un maximum de blessés, ou s’occuper au mieux de quelques patients et délaisser les autres ? Cette réflexion et les scenarii qui seront échafaudés par la suite nous permettront de devenir plus forts que les terroristes en déjouant leurs plans ».

 

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