La dépression de l’insuffisant cardiaque insensible à l’escitalopram, pourquoi ?

Aude Lecrubier, Deborah Brauser

Auteurs et déclarations

12 juillet 2016

Wurzburg, Allemagne — On sait que de nombreux insuffisants cardiaques souffrent de dépression, jusqu’à 40 % en cas de maladie sévère [1]. On sait aussi que la dépression est un facteur prédictif indépendant de  mortalité et de ré-hospitalisation chez ces patients [2,3]. Mais quid de l’impact d’un traitement antidépresseur sur le pronostic ?

Lors de la présentation des résultats à l’ACC, le modérateur de la session, le Dr Robert J Siegel (Cedars-Sinai Medical Center, Los Angeles, Etats-Unis) a expliqué que « la dépression post-infarctus du myocarde…pourrait être très différente de la dépression endogène ou d’autres types de dépression pour lesquelles les IRSS ont montré un bénéfice. »

Dans l’essai multicentrique MOOD-HF, Christiane E Angermann (CHU de Wurzburg, Allemagne) et coll. ont donc cherché à savoir si la prescription de l’antidépresseur escitalopram (Seroplex et gé.) pendant deux ans apportait un bénéfice clinique (versus placebo) [4].

Il en ressort que l’inhibiteur de la recapture de la sérotonine (IRSS) ne diminue pas le taux de mortalité toutes causes et d’hospitalisations chez ces patients insuffisants cardiaques chroniques et dépressifs. Plus étonnant encore, l’escitalopram n’est pas, non plus, associé à une amélioration de l’état dépressif.

Les résultats initiaux de l’essai MOOD-HF ont été présentés lors de l’édition annuelle du congrès de l’American College of Cardiology ( ACC 2015 ) et publié dans le JAMA fin juin 2016 [4].

Pas de bénéfices cliniques

L’étude a inclus 372 patients insuffisants cardiaques chroniques (FEVG <45 %) et avec un diagnostic de dépression, entre mars 2009 et février 2014 dans 16 centres médicaux allemands.  Ils ont été randomisés pour recevoir soit 10 à 20 mg d’escitalopram une fois par jour (n=185, suivi moyen 18,4 mois), soit un placebo (n=187, suivi moyen 18,7 mois).

l’étude randomisée SADHART-CHF [7] a montré que l’utilisation de la sertraline n’améliorait pas les statuts cardiovasculaires ou dépressif. Dr Patrick Lemoine

L’étude a été interrompue précocement en raison de son «absence d’utilité » (arrêt des inclusions le 28 février 2014). En revanche, le suivi a pu continuer jusqu’au 2 septembre 2014.

Après 18,5 mois de suivi, en moyenne, 63 % des patients du groupe escitalopram versus 64 % des patients du groupe placebo sont décédés ou ont été hospitalisés (critère primaire combiné d’évaluation ; RR=0,99. IC 95% ; 0,77-1,28 ; P=0,95).

Le risque relatif pour la mortalité toutes causes était de 1,4 (p=0,35) et celui pour l’hospitalisation de 1 (p>0,99).

En parallèle, les scores de l’échelle de la dépression de Montgomery-Asberg après 12 semaines de traitement étaient significativement améliorés par rapport à l’entrée dans l’étude mais étaient statistiquement similaires entre les deux groupes (escitalopram : 20,2 à 11,2 ; placebo : 21,4 à 12,5).

Les taux d’effets secondaires et d’effets secondaires graves étaient similaires pour l’escitalopram et le placebo, respectivement 46 vs 48 % et 86 % vs 80 %.

La confirmation d’autres données

Les auteurs soulignent que MOOD-HF va dans le sens d’autres travaux. Auparavant, les essais SADHEART[5] et ENRICHD[6] n’avaient pas montré d’efficacité des antidépresseurs chez des patients coronariens après 6 mois de traitement.

En outre, « l’étude randomisée SADHART-CHF [7] a  montré que l’utilisation de la sertraline n’améliorait pas les statuts cardiovasculaires ou dépressifs » versus placebo. Cependant, à la différence de MOOD-HF, dans SADHART-CHF, les participants n’avaient reçu l’antidépresseur que pendant 12 semaines.

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