Le bleu de méthylène améliorerait la mémoire à court terme

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

8 juillet 2016

San Antonio, Etats-Unis – Résultat surprenant sur une molécule plus que centenaire de la pharmacopée : le bleu de méthylène. Selon le travail d’une équipe du Texas, publié dans Radiology, il améliore l’activité cérébrale à l’IRM fonctionnelle durant les tâches demandant de l’attention et les tests de mémoire à court terme [1]. Et ceci après une prise orale unique de 280 mg.

« Le bleu de méthylène a une longue histoire, dans de nombreuses indications où il s’est montré sûr », rappellent les auteurs dans leur introduction.

Et de conclure que les données publiées en neuro-imagerie, constituent « un rationnel pour poursuivre des essais cliniques du bleu de méthylène chez les patients vieillissant en bonne santé, comme chez ceux souffrant de déficit cognitif, de démence, ou de pathologies pouvant bénéficier d’une stimulation pharmacologique de la mémoire ».

On peut donc lire le mot Alzheimer entre les lignes.

En fait, le résultat peut paraitre surprenant, mais il n’est pas nouveau. « La stimulation de la mémoire par de faibles doses de bleu de méthylène a été décrite pour la première fois chez le rat il y a plus de 30 ans », signalent les auteurs. Depuis, le phénomène a également été étudié chez l’homme, généralement dans un cadre psychiatrique. En 2011, une étude clinique était présentée au congrès du College of Neuropsychopharmacology (ECNP) , qui suggérait que le bleu de méthylène réduit significativement les symptômes dépressifs et maniaques des patients bipolaires. Plus récemment, le bleu de méthylène a été testé chez des sujets claustrophobes. Il s’agissait d’évaluer son efficacité sur la mémorisation d’une thérapie d’exposition (enfermement 5 minutes dans une pièce) [2].

On dispose par ailleurs d’un mécanisme pouvant expliquer cette activité cérébrale. « Lorsque le bleu de méthylène, lipophile, pénètre dans les mitochondries [des cellules cérébrales] à faible concentration, il forme un complexe oxydo-réducteur pouvant céder des électrons à la chaine de transport d’électrons, stimulant ainsi l’activité de la cytochrome oxydase, la consommation d’oxygène et la production d’énergie », écrivent les auteurs. En ajoutant que « outre la respiration mitochondriale, le bleu de méthylène est susceptible d’effets pléïotropes, du fait de ses interactions avec de nombreuses protéines et fonctions cellulaires ».

L’expérience a été menée chez 26 sujets volontaires, âgés de 22 à 62 ans, tirés au sort pour prendre une dose de 280 mg de bleu de méthylène ou un colorant alimentaire faisant fonction de placebo.

Ces sujets ont été soumis à des tests d’attention et de mémoire à court terme avant et une heure après la prise (pic sérique atteint en une heure). Les tests étaient réalisés sous IRM fonctionnelle cérébrale.

Un test de réactivité vasculaire cérébrale au CO2 a par ailleurs été réalisé avant et après administration du bleu de méthylène ou du placebo.

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