Mal connus des médecins, les transgenres sont des laissés pour compte de la santé

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

7 juillet 2016

Amsterdam, Pays-Bas – Marginalisées, ostracisées, les personnes transgenres sont sur la touche dès qu’il s’agit de leurs droits et leur accès à la santé laisse à désirer. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard.

« Le lien entre droits et santé n’a jamais été aussi visible que dans la communauté des transgenres », résume Sam Winter (Curtin University, Australia), co-auteur de la série du Lancet consacré à la question [1]. Jusqu’à 60% des personnes transgenres souffriraient de dépression, et elles seraient 50 fois plus à risque d’être infectés par le VIH que la population générale. En dépit d’efforts récents, beaucoup reste à faire pour améliorer la reconnaissance de cette population dans le monde, en commençant par arrêter de classer le transsexualisme (ou gendérisme ) dans les désordres mentaux (comme l’était encore l’homosexualité dans le DSM il n’y a encore pas si longtemps).

Mélange des genres : lexique

Sexe : il relève du biologique et de l'inné. Il se réfère au fait d'être un homme ou une femme en fonction de son sexe biologique. Il désigne les caractéristiques biologiques et physiologiques qui différencient les hommes des femmes.

Genre : c’est une construction sociale. Il se réfère à la masculinité (ou à la virilité) et à la féminité, qui sont des notions fluctuantes et subjectives, liées aux normes et valeurs d'une société donnée à une époque donnée.

Cisgenre : personne pour qui le genre ressenti d'une personne correspond au genre qui lui a été assigné à la naissance.

Transgenre : personne qui exprime une identité/un genre en discordance avec le sexe qui lui a été attribué à la naissance Elle peut ou non avoir recours à des traitements hormonaux ou chirurgicaux visant à mettre en harmonie son corps et son identité.

Dysphorie de genre : insatisfaction, mal-être voire détresse liée à une incompatibilité marquée entre son vécu / les sexes exprimés et le sexe assigné et associée à une demande de changement de sexe.

50 fois plus exposés au VIH

25 millions de personnes transgenres dans le monde et toujours pas de reconnaissance, selon un numéro de The Lancet sorti à l’occasion du 24ème congrès scientifique des spécialistes de la santé de la population transgenre (WPATH) réuni à Amsterdam à la mi-juin. Stigmatisation, discrimination, marginalisation et abus sont le lot quotidien de cette population, qui, dans ce contexte, voit sa santé fortement affectée. Beaucoup d’entre eux vivent sous la menace constante de la violence. Entre 2008 et 2016, plus de 2 000 assassinats à leur encontre ont été dénombrés – une évaluation sans doute sous-estimée. Selon une étude américaine, 5% des individus qui expriment une identité/un genre en discordance avec le sexe qui leur a été attribué à la naissance (définition du transgendérisme) seront victimes de violence physique entre 5 et 18 ans, et 12% de violence sexuelle.

Toutes ces expériences négatives ne sont évidemment pas sans conséquence sur la santé mentale des personnes transgenre. 41% des participants à cette étude ont rapporté des tentatives de suicide contre 1,6% dans la population générale. Et une étude australienne a retrouvé un pourcentage allant jusqu’à 56% ayant reçu un diagnostic de dépression à un moment de leur vie. Exclus du monde du travail, vivant aux marges de la société, souvent en proie à la pauvreté, les transgenres (et particulièrement les femmes transgenres) sont cantonnées à un nombre limité d’activités professionnelles parmi lesquelles la prostitution, pratiquée dans des conditions qui favorisent la transmission les infections sexuellement transmissibles (IST). Quant au risque de contracter le VIH, il serait 50 fois plus important chez les transgenres que dans la population générale.

Professionnels de santé : du manque de formation à l’hostilité

Autre problème mis en avant par les auteurs du Lancet, le manque de formation des professionnels de santé à la prise en charge des personnes transgenres. Bien que la transition, sociale, hormonale ou chirurgicale, soit, d’une part, associée à une amélioration du bien-être, de l’état mental et émotionnel et soit, d’autre part, considérée comme un traitement de la dysphorie de genre (voir lexique), l’accès à des soins de santé spécifiques est souvent compliqué, voire impossible dans certaines zones du monde. Le constat est particulièrement vrai pour la santé mentale, d’où un risque élevé de mort par suicide, même après que la transition de genre ait eu lieu. Ce manque d’accès à des professionnels de santé compétents, ou juste non hostiles, aux besoins spécifiques des personnes transgenres, les conduit fréquemment à se tourner et à s'approvisionner (en silicone notamment) auprès de « fournisseurs » sous-qualifiés et mal-équipés appartenant la plupart du temps à des circuits parallèles ou encore à s’auto-administrer des traitements hormonaux. Avec les conséquences sanitaires que l’on peut imaginer.

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