Fatigués et dépressifs, il faut sauver les étudiants en médecine !

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

4 juillet 2016

Paris, France — « La première chose à faire ce serait d'arrêter ce système foireux de l'ECN* qui ne vise qu'à mettre les jeunes médecins en compétition quitte à ce qu'elle soit mesquine et déloyale… C'est une honte de traiter ainsi les étudiants en médecine, et après de s'étonner qu'il y a autant de burn-out, de suicides et autres troubles psychologiques… La réforme des 48h pour les internes est une utopie. On fera mieux de se faire payer à l'heure ou revaloriser les salaires… La réforme des 48h de travail hebdomadaire n’est absolument pas appliquée »…

Voilà quelques-uns des propos recueillis par le Conseil national de l’ordre des médecins (CNOM), auprès de jeunes médecins et internes, pour son enquête inédite sur leur santé. 7858 étudiants et jeunes médecins ont répondu à cette première enquête, qui permet de dresser plusieurs constats.

 
Près de 40% des participants à l’enquête ont déclaré travailler entre 48 heures et 60 heures par semaine.
 

Semaine de travail à rallonge

Premier d’entre eux, comme l’indique les récriminations citées plus haut : les conditions de vie et de travail des jeunes médecins sont déplorables, et influent sur leur état de santé. Ainsi, les semaines à rallonge sont le lot partagé par une grande partie des étudiants. Près de 40% des participants à l’enquête ont déclaré travailler entre 48 heures et 60 heures par semaine, et 27% entre 35 et 48 heures par semaines. Pourtant le temps de travail des internes, tel qu’il a été défini par la Commission européenne, ne doit pas dépasser les 48 heures hebdomadaires.

Résultat, la vie sociale, familiale, l’activité physique des jeunes médecins en pâtissent. Le rythme de travail affecte la vie sociale de 48% des répondants, et présente également des conséquences néfastes pour la vie de famille chez 44% des sondés. 58% d’entre eux sacrifient l’exercice physique au profit de leur travail, et 10% affirment consommer des produits addictogènes, réponse aux conséquences du stress au travail.

Deuxième cycle et « système foireux de l’ECN »

 
Près d’une fois sur cinq, l’arrêt maladie était dû à des troubles psychiques.
 

Sans surprise, ce sont ainsi 30% des étudiants en second cycle qui déclarent un état de santé moyen ou mauvais, et 14% des répondants ont déjà eu des pensées suicidaires. Parmi ces derniers (mauvais état de santé et pensées suicidaires), plus de 54% avoue avoir travaillé plus de 48 heures par semaine. Car ce sont les étudiants en deuxième cycle dont l’état de santé laisse le plus à désirer. Ceux-là mêmes qui se plaignent de « ce système foireux de l’ECN »… 33% des étudiants de deuxième cycle ont eu un arrêt maladie au cours des deux dernières années, et près d’une fois sur cinq, l’arrêt maladie était dû à des troubles psychiques. Parmi ceux-ci, un tiers a déclaré avoir été hospitalisé, et dans 33% des cas, cette hospitalisation a été causée par un trouble psychique. Soit un taux trois fois supérieur à la population globale des jeunes médecins.

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