Pourquoi l'hypnose a largement sa place aux urgences

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

17 juin 2016

Vidéos (réalisées par les orateurs) à l’appui, les bénéfices de l’hypnose aux urgences sont sans appel : bien-être des patients – toujours très impressionnant –, gain de temps et moindre utilisation (voire absence) de thérapeutique chimique. Parmi les expériences les plus étonnantes, celle de cet enfant d’une dizaine d’années, allongé, éveillé et très calme, dont seuls les doigts bougent en un mouvement bien reconnaissable par les amateurs de « Gameboy » alors qu’il reçoit six points de suture pour une plaie au tibia, sans aucune sédation, ou encore cette femme chez qui le chirurgien réduit une luxation d‘épaule en seulement 6 minutes et sans surmédication alors qu’elle est en insuffisance rénale et dialysée …

Petit plus de la technique : « réalisée à un moment crucial, cette séance d’hypnose unique va marquer les patients très durablement, indique le Dr Weber. C’est pourquoi, nous leur disons qu’ils peuvent ré-utiliser l’ancrage choisi aux urgences (lieu sûr et agréable, activité favorite, musique) pour eux-mêmes sur un mode d’auto-hypnose à d’autres occasions, quand cela s’avère nécessaire. Et ce, tout au long de leur vie »

Amélioration du confort du médecin

Si l’hypnose est un outil de premier choix pour tout phénomène douloureux ou anxieux, elle ne peut en aucun cas remplacer un geste médical. « Il s’agit au minimum d’une mesure adjonctive dans diverses applications thérapeutiques. On est médecin, on reste médecin avant tout, rappelle, si besoin, le Dr Weber. On utilise les techniques médicales au plus juste pour le patient, ce qui n’empêche pas d’y ajouter l’hypnose pour plus de confort, pour plus de confiance. C’est un outil thérapeutique complémentaire quand on estime que ça peut aider, mais pas toujours. Je ne me prive pas de la morphine », ajoute-t-elle.

« Autre amélioration d’un domaine très négligé : le confort du praticien », signale le Dr Ahmed Laroui, urgentiste et attaché au service de pédiatrie (hôpital Bel-Air, Centre Hospitalier Régional de Metz – Thionville). De là à dire que l’hypnose est aussi un moyen de lutter contre le burn-out, il n’y a qu’un pas. Car l’hypnose est bien plus qu’une simple technique.

« Gestuelle, empathie, reconnaissance du patient et de son ressenti douloureux, utilisation de termes positifs…Se former à l’hypnose, c’est changer sa façon de communiquer, c’est évoluer vers une communication « quasi parfaite » explique le Dr Weber.

Se former à l’hypnose, c’est changer sa façon de communiquer – Dr Sandrine Weber

Exemple concret cité par le Dr Laroui : plutôt que dire à un enfant « Ne t’inquiète pas, tu n’auras pas mal, la douleur va partir », mieux vaut opter pour : « Sois calme, rassure-toi, je suis là pour t’aider, on va faire un bout de chemin ensemble ».

Avec une amélioration de la communication, c’est alors toute la relation à l’autre qui est modifiée : « quand le patient est plus calme, le praticien l’est aussi, et ça se répercute sur toute l’équipe » assure l’urgentiste.

Vaincre les « résistances » de l’administration

Pour autant, la pratique de l’hypnose aux urgences ne va pas de soi et s’il est facile de vaincre les «résistances» des patients, il en va autrement de celles de l’administration et des collègues. « Avant de faire des émules, nous avons affronté moqueries, grimaces, incompréhension. Nous étions vus comme des sorcières dans le service,.. mais on assume » déclarent en cœur (et avec le sourire) les Drs Guler et Weber. D’ailleurs, totalement convaincues du l'intérêt de leur démarche, toutes deux ont mis en place une étude randomisée en simple aveugle sur 170 patients qui évaluera l’impact d’une séance d’hypnose avant coronarographie sur l’anxiété et les paramètres hémodynamiques du patient et le confort du thérapeute. Condition sine qua none pour aller plus loin et obtenir l’ouverture d’une unité fonctionnelle d’hypnose au sein du CHR.

Pour se former et s’informer

Confédération française d’hypnose et de thérapies brèves .

Hypnose ericksonienne

Aïm P. Ecouter, parler : soigner. Guide de communication et de psychothérapie à l'usage des soignants, Août 2015 - 255 pages - ISBN : 978-2-84371-813-7

REFERENCES :

  1. Guler N, Laroui A, Weber S. Hypnose aux urgences : vous convaincre de vous former ... Congrès Urgences, 02/06/16.

  2. Uman LS, Birnie KA, Noel M et al. Psychological interventions for needle-related procedural pain and distress in children and adolescents. Cochrane Database Syst Rev 2013 Oct 10;(10):CD005179. doi: 10.1002/14651858.CD005179.pub3.

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