Pourquoi l'hypnose a largement sa place aux urgences

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

17 juin 2016

Paris, France –  Au congrès Urgences 2016 , les Drs Nazmine Guler, Ahmed Laroui, et Sandrine Weber ont tous trois fait part de leur expérience, vidéo à l’appui, de la pratique de l’hypnose aux urgences et en Smur au CHR de Metz-Thionville. Depuis 2012, ils utilisent cette technique pour la prise en charge de la douleur aiguë et du stress, notamment lors de la réalisation de gestes techniques. Au vu des résultats obtenus, tant sur le bien-être des patients que sur le confort des urgentistes – sans parler du gain de temps et d’une moindre utilisation des thérapeutiques chimiques , l’atelier qu’ils animaient sur le thème « Hypnose aux urgences : vous convaincre de vous former » a atteint son but.

Accéder à des compétences différentes

Difficile de définir ce qu’est l’état hypnotique (voir notre article sur l’hypnose thérapeutique), souvent vu sous l’angle de l’hypnose-spectacle. Sans doute la raison pour laquelle, le Dr Sandrine Weber a commencé par tordre le cou aux idées reçues : « ce n’est ni un sommeil (vérifié par électro-encéphalogramme), ni un voyage dans des vies antérieures. Encore moins un vol de la pensée, un lavage de cerveau ou un moyen de domination. Cela peut être de la relaxation mais pas forcément et c’est bien plus actif que juste de la détente » a affirmé l’urgentiste (hôpital de Mercy, CHR de Metz-Thionville).

« Il s’agit plutôt d’accéder à des compétences différentes, mais qui sont naturelles, que l’on a tous en nous et que l’on expérimente 1 à 2 fois par jour lorsque l’on est absorbé par son activité – la conduite sur un trajet connu sans s’en rendre compte, par exemple, ou la pratique des jeux vidéo chez les enfants » explique sa collègue, le Dr Nazmine Guler (hôpital de Mercy, CHR de Metz-Thionville).

L’Association américaine de psychologie définit l’état (ou transe) hypnotique comme un « état de conscience impliquant une attention focalisée et une moindre sensibilité à l’environnement caractérisé par une capacité accrue de réponse à la suggestion ». A l’hôpital, « cela revient à détourner le patient de sa blessure, de sa douleur » poursuit le Dr Guler, « et le focaliser par des suggestions sur quelque chose d’agréable pour lui (lieu sûr et agréable, activité favorite), du coup il devient moins réceptif à ce qui se passe alentour. Il a été démontré par différentes techniques (IRM, PET-Scan, potentiels évoqués somato-sensoriels) qu’un souvenir agréable vécu en état de transe hypnotique est plus proche de la réalité que s’il est vécu en imagination. Enfin, tout cela est sans risque pour le patient car il s’agit avant tout d’un état physiologique ».

Obtenir l’état de transe hypnotique repose en grande partie sur la relation médecin-patient. « C’est avant tout une technique, pas un don, précise le Dr Guler. Cela nécessite d’avoir la confiance du patient. »

Les urgences : l’endroit idéal pour l’hypnose

Si l’hypno-sédation et l’hypno-analgésie entrent peu à peu à l’hôpital, l’utilisation de l’hypnose aux urgences reste exceptionnelle. D’ailleurs, « nous n’avons recensé à ce jour aucune publication scientifique sur la pratique de l’hypnose aux urgences (si ce n’est des études de cas), affirment les deux urgentistes, qui mentionnent tout de même, dans le domaine des soins dentaires, une revue qui a comparé le confort des enfants lors d’une injection dans 3 situations (hypnose, relaxation et distraction) et montré l’intérêt de l’hypnose [2].

A la différence de son utilisation en anesthésie, l’hypnose aux urgences est, par définition, totalement improvisée. Pas question de consultation préparatoire, l’hypnose est pratiquée après que le patient se soit montré favorable à l’idée de la pratique de l’hypnose (ou de relaxation si le terme hypnose n’est pas utilisé).

Les trois médecins lorrains sont unanimes, contrairement aux idées reçues : les urgences sont l’endroit idéal pour l’hypnose. « Les patients sont en détresse aiguë, dans l’instinct de survie. L’adhésion est maximale (bien plus qu’en consultation) et les taux de résistance au plus bas,» témoigne le Dr Guler. « Les grands costauds disent qu’ils n’y croient pas mais ça marche super ! » renchérit le Dr Weber.

Dans quelles indications ? Si les douleurs aiguës, chroniques, l’anesthésie, les soins palliatifs, les troubles fonctionnels à expression somatiques (troubles digestifs, dermatologiques), l’anxiété (voir notre article) sont classiquement cités, les indications de l’hypnose thérapeutique aux urgences diffèrent un peu (voir encadré).

Indications aux urgences

- Réduction de luxation (coude, rotule, épaule, cheville) ;

- Sutures, ponction lombaire, pose de voie veineuse périphérique ;

- Drain thoracique ;

- Douleurs fonctionnelles, crises d’angoisse ;

- Gestion du stress et de la douleur de l’infarctus du myocarde en pré-hospitalier.

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