« Prix indécent des médicaments » : MdM fait scandale

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

13 juin 2016

Actualisation-- Quelques heures à peine après le lancement de la campagne de Médecins du Monde sur les prix indécents de certains médicaments, les entreprises du médicament (Leem) réagissent. Le leem dénonce « une propagande mensongère » et qualifient les propos de MdM de « caricaturaux et outranciers ».
« L’arrivée d’innovations thérapeutiques majeures dans le domaine des maladies infectieuses ou en oncologie est avant tout une bonne nouvelle pour les patients », souligne le Leem (au cas où MdM l’aurait oublié).

Outre les arguments, bien connus, des coûts de la recherche et du développement, le Leem rappelle que les prix sont fixés par des commissions administratives indépendantes, que les dépenses de médicaments sont aujourd’hui la partie la mieux maîtrisée de l’ONDAM, que le chiffre d’affaires des entreprises du médicament a diminué sur les 5 dernières années et que la plupart des médicaments ont aujourd’hui des prix particulièrement bas.

Le consensus d’entreprises avance à son tour quelques chiffres :

- pour moins de 10€, on guérit d’un ulcère gastrique, évitant les coûts chirurgicaux faramineux du passé,
- pour moins de 20€, on traite les pneumonies aiguës,
- pour moins de 1 000€ sur toute une vie, grâce aux vaccins, on se protège contre 12 maladies graves (comme la poliomyélite, la diphtérie, la rougeole…).

Rien en revanche, dans le communiqué du Leem qui ne vienne contredire directement les chiffres avancés par MdM concernant les écarts entre les prix de vente et les coûts de production des anticancéreux et des nouveaux antiviraux de l’hépatite C…

Paris, France – Médecins du Monde (MdM) est entré en guerre contre le prix exorbitant de certains médicaments du cancer et de l’hépatite C. Via une campagne de communication choc « Le prix de la vie » Le prix indécent des médicaments, ça va durer encore longtemps ? » associée à une pétition, l’ONG dénonce, chiffres à la clé, « des prix révoltants » et fait pression sur le gouvernement pour stopper la dérive [1].

L’ONG espérait même aller plus loin mais, la grande campagne d’affichage urbain qu’elle projetait de lancer ce lundi n’aura pas lieu. Aucun diffuseur (Médiatransports, JC Decaux, Insert…) n’a voulu prendre le risque de se faire des ennemis puissants.

« Un dispositif de guérilla marketing a donc été mis en place avec de l’affichage sauvage, du web, du social media mais également une présence dans les grands quotidiens nationaux », indique MdM dans un communiqué de presse.

La campagne qui se décline en dix visuels ne prend pas de gants :

Dans un communiqué de presse, MdM rappelle que le traitement de 12 semaines de sofosbuvir, le premier des antiviraux à action directe efficace contre l’hépatite virale C, est vendu 41 000 € par patient alors qu’il ne coûterait que 100 euros à produire, selon une étude du chercheur Andrew Hill.

Concernant le marché « particulièrement juteux » des anticancéreux, MdM cite l’exemple du Glivec® dans la leucémie qui est vendu 40 000 euros par an et par patient pour un coût de production estimé à seulement 200 euros et celui du Keytruda®, traitement contre le mélanome, annoncé à un prix de 100 000€ par an et par patient.

Si cette même logique s’appliquait à d’autres secteurs, on payerait un airbag au prix d’une vie -- MdM

MdM rappelle que les laboratoires justifient les prix élevés par des coûts de recherche et de production élevés et le bénéfice thérapeutique important.

« En réalité, une grande partie de la recherche médicale se fait dans le secteur public (universités, instituts) et est financée par l’argent public (bourses, crédit d’impôt de recherche). La recherche publique a été essentielle pour le développement des médicaments contre l'hépatite C tels que le sofosbuvir », précise pourtant MdM.

Pour le sofosbuvir, souligne encore l’organisation : « on justifie le prix en affirmant qu’il permettrait d’éviter cirrhoses et transplantations du foie dont la prise en charge est très coûteuse. Si cette même logique s’appliquait à d’autres secteurs, on payerait un airbag au prix d’une vie. »

MdM dénonce le fait que les autorités qui fixent le prix d’un médicament acceptent de s’aligner sur les exigences des firmes pharmaceutiques.

Elargissement des indications des nouveaux traitements de l’hépatite C
Un arrêté publié au Journal Officiel du 10 juin 2016 fixe l’élargissement des conditions d’accès aux nouveaux antiviraux contre l’hépatite C. Ce « traitement pour tous » avait été annoncé par Marisol Touraine lors de la Journée nationale de lutte contre les hépatites virales fin mai. Désormais, les médecins pourront prescrire le sofosbuvir, le daclastavir, le siméprévir et d’autres associations d’antiviraux à des patients de stade moins avancé (F2), en attente de transplantation hépatique, en hémodialyse ou encore à risque élevé de transmission du virus.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....