Enfant « tyran » : une consultation pour aider les parents à Montpellier

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

16 juin 2016

Montpellier, France — Depuis le mois de novembre 2015, une consultation inédite a été mise en place au sein du service de pédopsychiatrie de l’hôpital Saint-Eloi à Montpellier par le Dr Nathalie Franc. Elle a pour but d’accompagner les parents dépassés par leurs enfants, qui souffrent le plus souvent d’affections sous-jacentes mal identifiées ou minimisées (troubles anxieux, de l’attention, oppositionnels, pathologies du spectre de l’autisme..). Depuis le début de l’activité, le groupe de parole thérapeutique réunit chaque semaine une douzaine de parents. Medscape édition française a fait un bilan de l’initiative avec le Dr Franc.

Medscape édition français e -- Les enfants qui tyrannisent leurs parents sont-ils des enfants rois ?

Dr Nathalie Franc : Il ne faut pas confondre les enfants rois, à qui les parents ne fixent pas de limites, et les enfants qui tyrannisent leurs parents, qui les contrôlent, qui en abusent et les maltraitent. Cette pathologie semble de plus en plus fréquente et aboutit à une inversion de la hiérarchie dans les familles : ce sont les enfants qui décident ce que la famille mange, écoute comme musique, où elle part en vacances, qui se douche en premier....La famille doit s’adapter aux exigences de l’enfant.

Les parents ne sont plus décisionnaires de l’autorité pourtant, ils ont des règles éducatives, ils n’arrivent juste plus à les appliquer.

L’agressivité verbale et physique, les crises, les menaces de fugues ou de suicide, s’installent progressivement, insidieusement dans le mode de fonctionnement de l’enfant et de la famille, dès 4 à 5 ans.

Ce trouble survient exclusivement en famille, et le comportement de l’enfant ne pose généralement pas de problème en collectivité.

Au sein de la consultation, le profil des enfants est-il toujours le même ?

Dr Nathalie Franc : Si tous les enfants ont en commun d’avoir adopté un comportement tyrannique, ils ne présentent pas tous le même profil psychiatrique. Ce sont des enfants en difficulté qui peuvent souffrir soit de déficit de l’attention, – avec ou sans hyperactivité – soit de troubles anxieux notamment une anxiété de séparation, soit de troubles oppositionnels avec provocation, soit de Troubles Obsessionnels Compulsifs (TOC), troubles du spectre de l’autisme tels que le syndrome d’Asperger…

Souvent ces enfants ont du mal à être autonomes et ils développement des stratégies pour que leurs parents ne les laissent pas seuls. Les parents renoncent à des actes importants pour rester auprès de l’enfant, mais cela ne suffit pas. C’est un engrenage.

Y a-t-il des familles plus à risque ?

Dr N. Franc : Dans notre expérience, nous avons constaté qu’il s’agit plus souvent de familles sensibilisées aux besoins de l’enfant, de bon niveau socio-éducatif, qui ont des valeurs éducatives qu’elles s’efforcent de mettre en place.

Le risque augmente lorsque l’enfant est particulièrement investi par ses parents : enfant unique, parents âgés, enfant adopté, enfant malades dans la petite enfance…

Ce ne sont pas des familles démissionnaires, ce sont des parents confrontés à des difficultés de leurs enfants et qui s’en accommodent à l’extrême. Les troubles sont présents très tôt, les parents tentent de les minimiser ou de s’en emparer pour éviter à l’enfant se sentir fragile.

Sur des années, petit à petit, les enfants prennent le pouvoir et les parents n’osent pas en parler, ils ont honte et ne savent pas où chercher de l’aide.

Parfois c’est le système éducatif qui alerte les parents en présence d’un trouble anxieux, d’un trouble de l’apprentissage, d’un déficit d’attention…

Comment peut-on aider les familles ?

 
La guidance éducative est fondée sur des thérapies comportementales et cognitives de résistance non violente.
 

Dr N. Franc : Le groupe thérapeutique que nous avons mis en place a pour but d’une part de permettre aux parents de parler de leur situation et d’autre part d’enseigner aux parents des stratégies de « résistance non violente ».

Nous les aidons à modifier leur propre comportement vis à vis de leurs enfants pour faire redescendre le niveau de violence à la maison : souvent ce sont soit des parents passifs, soit des parents qui tentent de reprendre le contrôle par la force. Nous les incitons à renforcer leur présence auprès de l’enfant de façon non violente : en s’asseyant auprès de lui sans être ni agressif, ni démissionnaire. La guidance éducative est fondée sur des thérapies comportementales et cognitives de résistance non violente.

Nous incitons aussi les parents à mettre en place un réseau de soutien avec leurs proches de façon à ce que l’enfant ne se sentent pas tout puissant et que d’autres que ses parents – généralement des personnes en qui l’enfant a confiance - soulignent ses écarts de comportement.

Les 12 parents qui ont accepté de participer au groupe pilote nous parlent d’une amélioration de leurs syndromes anxio-dépressifs, d’une restauration de leur sentiment de compétence parentale, et d’une baisse du nombre des crises de violence.

 

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