Usage détourné du lopéramide aux US : alerte de sécurité sur le risque cardiaque

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

10 juin 2016

Silver Spring, Etats-Unis – La FDA lance une alerte sur un risque d’arythmie ventriculaire associé au surdosage en lopéramide [1].

Cette alerte fait suite au signalement, par une équipe d’urgentistes de l’état de New-York, de deux décès par arrêt cardiaque survenus chez des toxicomanes [2].

Bien connu des voyageurs comme anti-diarrhéique, le lopéramide (Imodium® et Gé) est en effet un agoniste des récepteurs opioïdes mu. Aux doses thérapeutiques, il ne franchit pratiquement pas la barrière hémato-encéphalique. A des doses supra-thérapeutique en revanche, il semble qu’une action centrale apparaisse – que certains toxicomanes utilisent, pour le plaisir euphorisant qu’elle procure, ou pour atténuer des symptômes de manque dans le cadre d’un sevrage.

 
L’abus de lopéramide comme opiacé de substitution a récemment augmenté parmi les patients cherchant à traiter eux-mêmes leur addiction.
 

« L’abus de lopéramide comme opiacé de substitution a récemment augmenté parmi les patients cherchant à traiter eux-mêmes leur addiction », notent les urgentistes. Or, « des dysrythmies ventriculaires, et des allongements des intervalles QRS et QT ont été rapportés après surdosage oral en lopéramide ».

La FDA ajoute pour sa part que « le risque pourrait être accru lorsque de fortes doses de lopéramide sont prises conjointement avec d’autres médicaments, qui interagissent avec le lopéramide ».

« En contexte d’abus », en effet, « il est fréquent que les sujets prennent d’autres médicaments, pour essayer d’accroitre son absorption et sa pénétration à travers la barrière hémato-encéphalique, inhiber son catabolisme et augmenter ses effets euphorisants ».

Une liste– non exhaustive – des médicaments susceptibles d’interagir métaboliquement avec le lopéramide, ou d’en aggraver les effets rythmiques, est mise en ligne par la FDA. Elle comprend la cimétidine, la clarithromycine, l’érythromycine, le gemfibrozil, l’itraconazole, le kétoconazole, la quinidine, la quinine, la ranitidine, et le ritonavir.

L’agence américaine recommande donc « d’envisager le lopéramide comme une cause possible d’évènement cardiaque inexpliqué, notamment une prolongation de l’intervalle QT, des torsades de pointe ou autre arythmie ventriculaire, une syncope ou un arrêt cardiaque ».

Si une cardiotoxicité du lopéramide est suspectée, le premier geste est naturellement d’interrompe immédiatement ce traitement. Si l’ingestion d’une surdose de lopéramide est suspectée, la FDA recommande de mesurer le taux sanguin – tout en reconnaissant qu’il faudrait un test spécifique …

Les chiffres de la pharmacovigilance américaine
Dans le « data summary » qu’elle met en ligne, la FDA indique avoir reçu 48 signalements d’évènements cardiaques sérieux liés au lopéramide, depuis 1976, année d’autorisation de l’anti-diarrhéique. Parmi ces évènements, 22 étaient liés à des surdoses prouvées de lopéramide. Chez les patients surdosés, la moyenne des prises se situe à 195 mg/j. Elle monte jusqu’à 1600 mg (en France comme aux Etats-Unis, la dose maximale recommandée est de 16 mg/j). Les durées de prises, elles, vont de 1 jour à 18 mois.

Parmi les évènements signalés, on compte 24 syncopes, 13 arrêts cardiaques, 13 allongements du QT, 10 tachycardies ventriculaires, 7 torsades de pointes. Dix personnes sont décédées, dont 9 après avoir ingéré du lopéramide en surdose, la dose n’étant pas connue pour la dixième. La FDA précise que « dans de nombreux cas, le traitement médicamenteux était inefficace », et que « l’arythmie n’a pu être contrôlé que par stimulation cardiaque ».

On relève également, parmi les 11 cas prenant des doses thérapeutiques, la présence de deux enfants de moins de 2 ans, chez lesquels le lopéramide n’est pas indiqué (un cas de syncope et hypoventilation, un cas de tachycardie ventriculaire).

Naturellement, 48 cas en une quarantaine d’années c’est peu. Mais d’une part, la FDA souligne que l’effectif est certainement sous-estimé, d’autre part elle indique que plus de la moitié de ces cas ont été rapportés depuis 2010.

 

REFERENCES :

  1. Loperamide (Imodium): Drug Safety Communication - Serious Heart Problems With High Doses From Abuse and Misuse . Alerte FDA du 7 juin 2016.

  2. Eggleston W, Clark KH, Marraffa JM. Loperamide Abuse Associated With Cardiac Dysrhythmia and Death. Annals of Emergency Medicine ; DOI: http://dx.doi.org/10.1016/j.annemergmed.2016.03.047.

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