« Damage Control » ou comment les urgentistes civils appliquent les techniques de guerre

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

31 mai 2016

Paris, France -- « Entre les guerres du 20ème siècle et celles d’aujourd’hui, la mortalité au combat a diminué de 44 % », explique le Dr Alain Puidupin, Colonel du service de santé des armées françaises à l’occasion de la Soirée Européenne de Catastrophe [1]. Cette amélioration a été possible grâce à une analyse détaillée des causes de décès et à une gestion protocolisée des différentes phases de la prise en charge : sur le terrain, au sein des postes médicaux, lors du transport à l’hôpital.

« Et les principes mis en place sur les terrains d’opération peuvent être désormais appliqués à la médecine de catastrophe civile, en particulier dans le contexte actuel de terrorisme », ajoute le Pr Benoît Vivien (SAMU de Paris).

A quel moment et de quoi décèdent les militaires au front ?

Sur les théâtres d’opération, les 87,3 % des décès surviennent avant même que le blessé ait atteint les postes médicaux sur site : 42 % immédiatement, 22 % en moins de 5 minutes, 12 % en moins de 30 minutes.

Sur le terrain, ce sont les hémorragies qui sont le plus souvent en cause (91 % au total, avec une atteinte prédominante des membres pour deux tiers des patients), bien avant les obstructions des voies respiratoires (7,9 %) et les pneumothorax compressifs (1,1 %).

« Aujourd’hui, les militaires reçoivent un enseignement de sauvetage au combat au cours duquel ils apprennent les gestes d’urgences qu’ils peuvent réaliser grâce à du matériel simple. Sous le feu, ils utilisent des garrots. A l’abri ou au point de rassemblement des blessés, tout acteur de santé présent doit : prévenir de l’hypothermie, utiliser des garrots, des compressions, des produits hémostatiques, favoriser la stabilisation pelvienne, maintenir l’ouverture des voies aériennes, exsuffler si nécessaire un pneumothorax suffocant, débuter un remplissage éventuellement associé à une titration d’adrénaline », continue le Dr Puidupin.

Prise en charge au point de rassemblement des blessés et dans les postes médicaux

Dès que les blessés sont évacués et mis à l’abri, un triage rigoureux doit être effectué afin de pratiquer les gestes essentiels au sauvetage chez un maximum de blessés (technique dite du « Damage Control) ». Pour le Dr Puidupin « c’est ce qui permet de sauver des vies, d’éviter les décès évitables ».

Le « Damage Control » appliqué en médecine de guerre repose sur quatre grands principes :

  1. Avant tout l’hémostase en urgence, localement (garrots, pansements hémostatiques, compression…) et éventuellement par voie générale en utilisant de l’acide tranexamique. En cas de lésions abdominales, une laparoscopie en urgence peut être réalisée pour traiter les lésions hémorragiques et prévenir la contamination bactérienne (chirurgie d’hémostase sans geste complexes en laissant la paroi abdominale non suturée pour faciliter une seconde intervention).

  2. Il faut y associer l’hypotension permissive, ou remplissage à petit volume, qui permet de récupérer un pouls radial sans créer localement une pression qui pourrait ré-ouvrir les plaies vasculaires. Le recours aux amines vasopressives peut aussi être proposé.

  3. Le réchauffement est essentiel car si la température baisse de 1°C, les fonctions d’hémostase du plasma s’abaissent de 10 %.

  4. Enfin, la prévention des coagulopathies est impérative car si le cercle vicieux « coagulopathie-acidose-hypothermie » s’installe, il est difficile dans les conditions de guerre de sauver le patient. Pour cela, les militaires ont recours à des transfusions massives (avec un ratio culots globulaires/plasma frais congelé ou lyophilisé de 1/1), éventuellement à des transfusion de sang total», explique le Dr Andy Burgess (Londres, Grande-Bretagne).

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....