Don de rein : les Américains pourraient envisager une rémunération

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

27 mai 2016

Floride, Etats-Unis – Dans les pays occidentaux, la gratuité du don d’organes entre donneur (vivant ou décédé) et receveur est vue comme un principe incontournable, une norme éthique de base au même titre que le consentement et l’anonymat (Voir l’interview de Valérie Gateau).

Néanmoins, un courant de pensée nord-américain défend la commercialisation institutionnalisée des organes en arguant que grâce à elle, tous les acteurs seraient gagnants : le receveur, dont les problèmes de santé seraient résolus, sa famille, le donneur, qui recevrait de l’argent en échange de son acte, et la société dans son ensemble, qui économiserait les coûts très importants engendrés par la dialyse du patient.

Faire face à « l’échec de l’altruisme »

Dans ce contexte et au vu du nombre sans cesse croissant de patients qui meurent d’insuffisance rénale dans l’attente d’une greffe (voir encadré ci-dessous) en raison de la pénurie d’organes, des chercheurs américains ont réalisé un sondage auprès de leurs concitoyens pour connaitre leur point de vue sur la possibilité de recevoir une rémunération en échange du don d’un rein [1].

Précisons, qu’aux Etats-Unis, le don d’organes entre vivants ne se limite pas à la sphère affective mais peut se faire de façon altruiste (dit de bon samaritain) à un inconnu en attente de greffe. « Augmenter le nombre de néphrectomies volontaires en vue d’une greffe de rein permettrait d’accroître le nombre d’organes disponibles pour la transplantation, sauf que le don repose sur l’altruisme et qu’il est illégal selon la loi en cours de payer les donateurs. Face à l’échec de l’altruisme, une façon d’agir consiste à proposer une compensation financière aux donneurs vivants » écrivent les auteurs.

S’il existe déjà des programmes légaux permettant de rembourser les donneurs de tous leurs frais (déplacements, suivi médical…), les chercheurs évoquent la possibilité – controversée – d’aller plus loin en proposant une sorte d’avantages en nature (abonder en fonds retraite de la personne, allégement d’impôt…) voire même une rétribution en monnaie sonnante et trébuchante. A en croire les chercheurs, le débat n’est pas nouveau mais mériterait d’être relancé.

Transplantation rénale aux Etats-Unis : 101 400 patients sur liste d’attente
Entre 2004 et 2013, 63.742 personnes sont décédées ou sont passées à un stade terminal dans l’attente d’un rein. Sur cette même période, 166 667 reins ont été transplantés, 105214 issus de donneurs décédés et 61453 de donneurs vivants. Ce qui, selon les auteurs, revient à dire que pour 1000 patients qui reçoivent un rein, 382 meurent dans l’attente de l’organe. Actuellement, la liste d’attente aux Etats-Unis compte plus de 101 400 patients et la liste augmente tous les ans alors que celle des donneurs et des transplantés stagne voire régresse.

L’argent comme motivation supplémentaire

Pour connaitre l’avis des citoyens américains, les chercheurs ont fait appel à un institut de sondage renommé pour conduire une enquête sur le sujet. Sur 1011 personnes susceptibles de voter aux Etats-Unis, le sondage montre que 689 personnes (68%) seraient prêtes à donner un rein à un inconnu, et que 235 (23%) le ferait à l’attention de certaines personnes uniquement et 87 (9%) refuserait.

Puis la question a été reposée pour savoir comment l’avis des votants évoluerait si on leur proposerait un dédommagement de 50 000 $ US en échange de leur rein. Résultat : 59% des citoyens ont déclaré que l’argent serait une motivation supplémentaire à leur geste puisque cela les rendrait encore plus susceptible de donner leur organe, 32% ont dit qu’une compensation financière d’influencerait pas leur choix et l’idée d’être payé aurait un impact négatif sur 9% d’entre eux.

Dans une autre cohorte de 635 votants, les résultats indiquent que ce sont les plus jeunes qui sont les plus en faveur d’un financement, soit 53 (78%) des 68 personnes âgées de 18 à 29 ans. Pour autant, 68 (63%) of 108 personnes interrogées âgées de 30 à 44 ans et 266 des 459 (58%) âgées de 45 ans et plus sont montre elles aussi favorables à l’idée.

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