Schizophrénie : l’inflammation périphérique corrélée au déficit cognitif

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

12 mai 2016

En pratique, la question du rapport bénéfice/risque de ces traitements se pose », souligne le Dr Fond. « De même pour l’aspirine [utilisée à forte dose dans les essais de psychiatrie] qui augmente le risque hémorragique et le risque ulcéreux. Mais les oméga-3 ont un effet anti-inflammatoire intéressant au début ».

Chez un schizophrène présentant un syndrome métabolique, on pourrait faire d’une pierre deux coups -- Dr Fond

Le Dr Fond évoque également l’effet pro-inflammatoire de la sédentarité, des sucres rapides et des graisses saturés. On n’est en somme plus très loin du syndrome métabolique et du diabète. « Chez un schizophrène présentant un syndrome métabolique, on pourrait faire d’une pierre deux coups », remarque d’ailleurs le Dr Fond.

Le concept de l’inflammaging, vieillissement accéléré du corps et de l’esprit

Cette convergence entre maladie mentale et déséquilibre métabolique est, conceptuellement, l’aspect le plus fascinant de l’affaire (et le plus inquiétant si l’on considère la progression dudit désordre métabolique sur un mode épidémique : si le mental suit la même courbe, on se promet des lendemains qui font vraiment envie…).

Si l’on évoque une modification du microbiote intestinal, une augmentation de la perméabilité de la paroi, un dépôt de graisse périviscérale, et l’inflammation qui en résulte, dans quelle discipline se situe-ton au juste ?

Un mot a été inventé pour tenter d’englober l’inflammation est ses conséquences multi-systèmes : « l’inflammaging ». Le concept, mi-médical mi-marketing (en cosmétologie notamment), cherche à signifier que l’inflammation accélère le vieillissement cellulaire – des neurones comme du reste. La schizophrénie, en tout cas les formes à symptomatologie cognitive, correspondrait alors à un vieillissement cérébral précoce. « La boucle serait alors bouclée avec ce que l’on qualifiait, à la fin du XIXème siècle, de démence précoce », résume le Dr Fond.

Les centres experts FondaMental sont des structures généralement hébergées dans les CHU, qui secondent les psychiatres dans leur prise en charge des patients schizophrènes, et dont le réseau de 10 centres permet la conduite de recherches cliniques. Ces centres, désectorisés, assurent notamment des bilans complets, y compris somatiques, des patients. « Les rapports remis aux patients et aux psychiatres, ne sont pas des prescriptions, mais des recommandations, dont on peut suivre l’application », indique le Dr Fond. Les principes de ce réseau de soins ont été décrits l’an dernier dans European Psychiatry [2].

L’étude a été financée par l’AP-HP, la Fondation FondaMental, par le programme Investissements d’Avenir, et par l’Inserm.


Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêt en rapport avec le sujet.

REFERENCES :

  1. Bulzacka E, Boyer L, Schürhoff F et coll. Chronic Peripheral Inflammation is Associated With Cognitive Impairment in Schizophrenia: Results From the Multicentric FACE-SZ Dataset. Schizophrenia Bulletin doi:10.1093/schbul/sbw029.

  2. Schürhoff F, Fond G, Berna f et coll. A National network of schizophrenia expert centres: An innovative tool to bridge the research-practice gap. European Psychiatry 30 (2015) 728–735.

  3. Fond Gn, Hamdani N, Kapczinski F et coll. Effectiveness and tolerance of anti-inflammatory drugs add-on therapy in major mental disorders : a systematic qualitative review. Acta Psychiatr. Scand. 2014;129:163-79.

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