POINT DE VUE

Insuffisance cardiaque à FE préservée: Nouveaux traitements interventionnels

Pr Josep Rodés-Cabau

Auteurs et déclarations

16 mai 2016

Le Pr Josep Rodés-Cabau (Université Laval, Québec), présente 2 dispositifs permettant d’effectuer un shunt droite-gauche chez des patients avec une insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée.

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Enregistré le 3 avril 2016, à Chicago, Il, É.-U.

TRANSCRIPTION :

Bonjour, je m’appelle Josep Rodés-Cabau, je travaille à l’Institut de Cardiologie et Pneumologie de Québec, au Canada, et je vous parle en direct du congrès de l’American College of Cardiology, qui a lieu à Chicago. Aujourd’hui, j’ai eu l’occasion de présenter un nouveau traitement d’intervention pour les patients avec une insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée.

On sait que chez ces patients, la prévalence de la maladie a augmenté au cours des dernières décennies. Bien que la fraction d’éjection soit préservée chez ces patients, le pronostic n’est pas meilleur que celui des insuffisants cardiaques qui ont une fraction d’éjection diminuée. En fait, plus de 50% des patients décèdent 5 ans après une hospitalisation. 

On sait que la plupart des patients qui vont avoir une décompensation d’insuffisance cardiaque, auront une augmentation de pression au niveau de l’oreillette gauche dans les jours qui précèdent l’hospitalisation. Et jusqu’à présent, le seul traitement qui a démontré une certaine efficacité chez les patients avec insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée, c’est le monitoring invasif de la pression pulmonaire avec le dispositif CardioMEMSTM, qui permet de faire des ajustements thérapeutiques des diurétiques […]. Dans l’étude CHAMPION, plus précisément la sous-étude avec les patients avec fraction d’éjection préservée, on voyait que les patients qui avaient ce dispositif avaient [un taux d’hospitalisation plus faible] au cours du suivi. 

[Il serait intéressant] d’avoir un traitement qui agirait avec une décompression de l’oreillette gauche, un traitement interventionnel qui créerait ce qu’on appelle une CIA artificielle—un shunt entre les deux oreillettes—pour décomprimer l’oreillette gauche, surtout dans une situation où il y a une augmentation excessive de pression au niveau de l’oreillette gauche.

Il y existe actuellement deux dispositifs:

  • Le premier a été testé chez des patients avec fraction d’éjection préservée, c’est le « IntraAtrial Shunt Device », de la compagnie Corvia, qui est un dispositif de nitinol avec un diamètre luminal de 8 mm et qui est inséré après une ponction trans-septale au niveau du septum inter-auriculaire, pour créer une communication entre les oreillettes gauche et droite et un shunt entre les deux oreillettes.

La sécurité, la faisabilité et l’efficacité préliminaire de ce dispositif ont été testées dans l’étude multicentrique REDUCE-LAP-HF qui a inclus un peu plus de 60 patients avec fraction d’éjection préservée. La moyenne de la fraction d’éjection était de 47%, les patients étaient symptomatiques en classe 2 ou 3. La première conclusion de cette étude est que le dispositif a pu être implanté de façon sécuritaire chez 97% des patients, sans complication pendant la procédure ou à 6 mois; il n’y a pas eu de complications secondaires au dispositif.

Au niveau de l’efficacité, la plupart des patients ont eu une amélioration au niveau de la classe fonctionnelle, la qualité de vie et la capacité d’exercice; il y a eu aussi une réduction de la pression capillaire pulmonaire, surtout à l’effort chez la plupart des patients. En fait, quand on prend la pression capillaire à l’effort et au repos, plus de 2/3 des patients ont vu s’améliorer la pression capillaire pulmonaire à 6 mois après l’implantation de ce dispositif.

  • Le deuxième dispositif est le V-Wave Shunt Device, de la compagnie V-Wave, avec lequel j’ai [fait moi-même une] expérience [1]. On a réalisé le tout premier cas dans notre institution il y a 2 ans. Là encore, il s’agit d’un dispositif qui va se placer entre les deux oreillettes au niveau du septum inter-auriculaire. C’est également un dispositif au nitinol, mais la différence est qu’il a une petite valve à l’intérieur, ce qui permet un shunt gauche-droit;  l’idée de la valve est vraiment d’éviter le shunt droite-gauche et la possibilité d’embolie paradoxale chez ces patients.

Ce dispositif a été testé initialement chez des patients avec fraction d’éjection diminuée, mais on a récemment traité 5 patients avec fraction d’éjection préservée, des patients encore une fois symptomatiques en classe 3, tous hypertendus, diabétiques, avec une fraction d’éjection de plus de 50%. Le dispositif a été implanté de façon sécuritaire chez tous les patients et il est perméable à 1 mois de suivi chez tous les patients, sans problème d’embolisation ou thrombus. Comme avec le dispositif précédent et malgré que le nombre de patients soit très petit, on a vu une amélioration au niveau de qualité de vie et au niveau des classes fonctionnelles. On observe une tendance vers l’amélioration de la dépression capillaire pulmonaire sans augmentation de la pression pulmonaire.  

La création d’un shunt inter-auriculaire pour le traitement des patients avec insuffisance cardiaque à fraction d’éjection préservée est donc faisable et sécuritaire. Il s’agit d’une petite cohorte de patients, mais on a aussi des données d’efficacité préliminaire qui démontrent des améliorations significatives au niveau de l’hémodynamie, du statut fonctionnel et de la qualité de vie. Bien sûr, des études randomisées avec un plus grand nombre de patients et un plus long suivi devront démontrer la véritable efficacité de ces dispositifs chez ces types de patients. Merci beaucoup.

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