Hépatite C : l’arrivée du premier TROD ravive la question de l’accès au traitement

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

27 avril 2016

Dépister pour traiter (ou pas) ?

Dépister oui, mais à condition de traiter tout le monde. D’autant que, depuis 2013 et l'avènement des AAD, le paysage de la prise en charge de l'hépatite C a connu rien moins qu’une « révolution », selon le Pr Jean-Pierre Bronowicki (Service d'hépato-gastro-entérologie, CHU de Nancy). Capables de guérir la pathologie dans la quasi-totalité des cas, les AAD, traitements courts et bien tolérés, peuvent transformer la qualité de vie des patients, un « miracle » selon le Pr Hézode « qui doit inciter à traiter l’ensemble des patients ». Et c’est là que le bât blesse. Aujourd’hui, le prix de ces médicaments (40 000 € pour des traitements de 12 semaines) constitue un frein majeur à leur diffusion. Remboursés par l'Assurance Maladie uniquement dans les formes les plus sévères, leur accès reste encore très limité, trop selon la grande majorité des hépatologues. « Il ne faut pas s’intéresser seulement aux patients qui ont une cirrhose sévère, considère le Pr Hézode, mais prendre en charge tous ceux qui ont une infection à hépatite C. » Même son de cloche des associations de patients : « En avril 2016, 80% des personnes dépistées ne pourront pas être traitées » s’indigne le Dr Pascal Mélin de « SOS hépatites ».

Transmission essentiellement par voie sanguine
L'hépatite C est transmise par le sang, soit par contact direct, soit par l'intermédiaire d'un objet contaminé. Jusqu'en 1992, les transfusions, les greffes, les interventions chirurgicales et les accouchements compliqués constituaient des situations à risque ; désormais, ce risque est désormais quasi nul.

La transmission du virus de l'hépatite C par voie sexuelle se limite, quant à elle, aux personnes ayant des rapports sexuels vaginaux ou anaux dit "traumatiques", pendant les règles, avec des partenaires multiples et/ou co-infectées par le VIH ; celle de la mère à l'enfant avoisine les 5 %, principalement pendant l'accouchement.

Aujourd'hui, la principale source de contamination reste l'usage de drogues par voie intraveineuse. « Le virus de l'hépatite étant, contrairement au VIH, très résistant, les seringues infectées, évidemment, mais aussi le petit matériel souillé partagé entre toxicomanes (cuillère, coton imbibé, paille pour sniffer...), peuvent transmettre le virus » a précisé le Pr Jean-Pierre Bronowicki (CHU de Nancy).

Eradiquer grâce au « test and treat »

 
Il faut passer d’un dépistage ciblé sur les facteurs de risque à un dépistage de population -- Pr Hézode
 

Idem pour les indications du dépistage. Edictées en 2014, elles ciblent uniquement les personnes à risque, en particulier les usagers de drogues injectables, même si le rapport d'experts remis la même année par le Pr Daniel Dhumeaux, préconise d'élargir le dépistage à d'autres catégories de la population générale (femmes enceintes dès la première consultation prénatale, hommes âgés de 18 à 60 ans, indépendamment d'une quelconque exposition à un risque), afin de permettre une prise en charge plus précoce.

Des indications bien trop restrictives selon le Pr Hézode :« Il faut passer d’un dépistage ciblé sur les facteurs de risque à un dépistage de population. On pourrait même envisager, grâce aux TROD, un dépistage systématique des 3 virus (VIH, VHB, VHC) 1 fois dans la vie». Avec l’espoir, à terme, d’éradiquer l'infection dans les toutes prochaines années. « Si on ouvre le dépistage et que l’on donne accès au traitement à tous, selon le modèle du « test and treat », on peut espérer éradiquer l’hépatite C en France dans 6 ans » pronostique l’hépatologue. En conclusion, comme l’affirme le Dr Mélin « les TROD n’ont de sens que si l’on peut traiter derrière ». Face à ces attentes, des annonces gouvernementales sont attendues le 25 mai, date de Journée nationale de lutte contre les hépatites virales.

La conférence a été organisée par HF Prévention avec le soutien financier du laboratoire Gilead.

 

REFERENCE :

  1. HF Prévention. Hépatite C : renforçons le dépistage grâce aux TROD VHC. Conférence de presse du 12 avril 2016.

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