Aspirine : les nouvelles recommandations US sont-elles transposables chez nous ?

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

26 avril 2016

Paris, France -- L’US Preventive Services Task Force (USPSTF) recommande désormais l’aspirine en prévention primaire des événements cardiovasculaires et du cancer colorectal [1]. La nouvelle feuille de route américaine est-elle applicable à la France ?

L’USPSTF recommande une consommation quotidienne de faibles doses d’aspirine (< 100mg) chez les patients de 50 et 69 ans qui ont une espérance de vie supérieure à 10 ans, un risque cardiovasculaire (IDM et AVC) supérieur à 10% à dix ans, pas de risque de saignements particulier, et qui s’engagent à suivre le traitement préventif pendant au moins 10 ans.
(voir notre article : L’aspirine recommandée en prévention primaire du risque CV et du cancer colorectal aux Etats-Unis ).

                                                                       

            

Pr Ludovic Drouet

            

Interrogé par Medscape édition française, le Pr Ludovic Drouet (angio-hématologie, hôpital Lariboisière, Paris) apporte son éclairage.

Medscape : Que pensez-vous de ces recommandations de l’USPSTF ?

Pr Ludovic Drouet : Ce que ces recommandations américaines ont d’original, c’est qu’elles sont les premières à prendre en considération à la fois la prévention cardiovasculaire et celle du cancer colorectal. Reste à savoir si elles sont transposables à des populations comme celle de la France où les patients ont un risque CV beaucoup moins élevé qu’aux Etats-Unis.

Par quels mécanismes explique-t-on l’effet préventif de l’aspirine sur le cancer colorectal ?

Pr L. Drouet : On dispose désormais d’un faisceau de données qui montrent que les enzymes de type cyclo-oxygénases sont impliquées dans les phénomènes de carcinogenèse. Il semble donc rationnel de penser qu’un inhibiteur de cyclo-oxygénase puisse apporter un bénéfice. Ainsi, il vient d’être montré que le micro ARN 21, qui est connu pour être associé au développement du cancer du colorectal, module également l’expression du gène de la cyclo-oxygénase [2]. Ce substratum de plus en plus solide permet de comprendre que pour avoir un effet préventif dans le cancer colorectal, il est important d’avoir une utilisation chronique de l’aspirine pour inhiber en permanence cette voie des cyclo-oxygénases.

 
Ce sont des recommandations Nord-américaines qui s’appliquent à une population qui a un risque cardiovasculaire beaucoup plus élevé que les populations d’Europe du Sud.
 

Ces recommandations de l’USPSTF sont-elles transposables à la France ?

Pr L. Drouet : Ce sont des recommandations Nord-américaines qui s’appliquent à une population qui a un risque cardiovasculaire beaucoup plus élevé que les populations d’Europe du Sud et, notamment celle de la France.

Dans les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS) [3], la prévention primaire par aspirine est recommandée à partir d’un seuil de risque cardiovasculaire de 5% à 10 ans parce qu’à 10%, on ne retrouvait personne.

La question qui se pose est donc, est-ce que ces recommandations américaines s’appliquent réellement aux patients qui ont un risque CV supérieur à 10 % à 10 ans en Europe du Sud, c’est-à-dire à personne chez nous, où est ce qu’elles s’appliquent aux populations d’Europe du Sud qui ont un risque CV supérieur à 5% à 10 ans comme l’a estimé la HAS dans ses dernières recommandations ? Pour le risque cardiovasculaire on a des arguments qui laissent penser que les recommandations sont transposables au risque de 5 %. Pour le cancer colorectal, on ne sait pas, mais dans ce cas le rapport bénéfice-risque favorable semble plutôt lié à un âge pas trop avancé.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....