Reste-il une place pour la Dépakine chez la femme épileptique ?

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

22 avril 2016

Paris France – Il y a quelques mois, l’ANSM a restreint les conditions de prescription et de délivrance du valproate de sodium (Dépakine®, Micropakine®, Dépakote®, Dépamide® et génériques) en raison des risques de malformations fœtales et de troubles neurodéveloppementaux associés à son utilisation pendant la grossesse (voir encadré) [1].

Pr Sophie Dupont

Or, le valproate reste aujourd’hui un traitement de référence dans l’épilepsie et un médicament largement prescrit en psychiatrie en alternative au lithium dans le traitement des troubles bipolaires.

Interrogé par Medscape édition française, le Pr Sophie Dupont, neurologue épileptologue à l'Hôpital de la Pitié-Salpêtrière à Paris, fait le point sur les indications restantes chez les jeunes femmes épileptiques.

Medscape - Que pensez-vous de la restriction de prescription de l’ANSM ?

Pr Sophie Dupont : La restriction d’utilisation émanant de l’ANSM est une bonne chose car beaucoup de patientes ne sont pas suivies par des spécialistes en raison du faible nombre de neurologues, notamment épileptologues. Or, chez ces femmes à risques, il faut un suivi spécialisé. L’un des problèmes est qu’à l’heure actuelle, il n’y a pas de filière de soins adaptée à l’épilepsie. La ligue française contre l’épilepsie a débuté une réflexion sur l’organisation d’un réseau de soins cohérent mais pour que le projet aboutisse, il faudra des moyens. Comme pour le diabète avant elle, dans l’épilepsie, il faudra aussi que les mentalités évoluent, qu’il y ait une prise de conscience des pouvoirs publics.

Pourquoi la Dépakine® est-elle très utilisée dans l’épilepsie ?

 
La restriction d'utilisation émanant de l'ANSM est une bonne chose. Pr Sophie Dupont
 

Le médicament est intéressant en soi parce qu’il est efficace dans tous types d’épilepsie, qu’il n’a pas de potentiel aggravant et qu’il s’agit d’une molécule d’ancienne génération à laquelle sont bien habitués un certain nombre de praticiens.

On ne connait pas exactement le nombre de personnes épileptiques qui sont sous Dépakine® en France aujourd’hui mais, je dirais qu’au moins 30% des patients en bénéficient.

Quels sont les risques associés à l’utilisation de Dépakine® pendant la grossesse ?

Depuis les années 80, on savait que la Dépakine® augmentait le risque de spina bifida.  Des données de 2013 ont montré que le risque de malformations des enfants exposés in utero était majoré de 11% à la naissance (anomalies du tube neural et fente palatine) comparé à un risque de 2 à 3 % dans la population générale [2]. On sait aussi que le taux de malformations est fortement dose-dépendant [3].

Les troubles neurodéveloppementaux notamment les retards de QI (10 points en moins) et le risque accru d’autisme ont été mis en évidence plus récemment. Les nouvelles données confirment que les enfants exposés in utero présentent un risque accru de troubles neurodéveloppementaux certainement dépendants de la dose là-encore [4-8]. En parallèle, le risque de trouble du spectre autistique serait triplé et celui de l’autisme de la petite enfance quintuplé [9].

 
L'un des problèmes est qu'à l'heure actuelle, il n'y a pas de filière de soins adaptée à l'épilepsie. Pr Sophie Dupont
 

Un état des connaissances des risques malformatifs et neuro-comportementaux très détaillé est disponible sur le site du Centre de référence sur les agents tératogène (CRAT).

Qu’en est-il des autres anti-épileptiques ?

Nous avons du recul pour 4 autres molécules. Les registres de grossesse ont colligé énormément de données concernant :
-la lamotrigine, dont le risque tératogène semble analogue à celui de la population générale avec une petite réserve dans le registre EURAP sur des posologies supérieures à 300mg/j.
-la carbamazépine, avec une tératogénicité qui semble faible mais augmentée par rapport à la population générale en fonction de la dose avec néanmoins un risque accru persistant de spina bifida.

Enfin, on dispose à l’heure actuelle de données rassurantes sur la tératogénicité du lévétiracétam et de l’oxcarbazépine mais avec beaucoup moins de cas colligés.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....