Hépatite C : au stade de cirrhose, les AAD majorent-ils le risque d’hépatocarcinome ?

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

21 avril 2016

Barcelone, Espagne - Après un traitement par antiviraux d'action directe (AAD), les patients infectés par le virus de l'hépatite C (VHC) présentant une cirrhose ont un risque de récidive précoce de carcinome hépatocellulaire (CHC) de près de 30%, selon une étude italienne présentée par le Pr Stefano Brillanti (Université de Bologne, Italie), lors de l'International Liver Congress (ILC) 2016 (congrès annuel de l’EASL), à Barcelone [1].

Au lendemain de la présentation, des résultats similaires provenant d'une étude espagnole ont été publiés dans Journal of Hepatology [2]. Ce qui a conduit l'Agence européenne du médicament (EMA) à étendre sa procédure de réévaluation des AAD pour étudier ce risque de récidive d'hépatocarcinome (voir encadré).

"Les AAD ont considérablement amélioré les taux de réponse virologique soutenue (RVS), même chez les patients VHC+ présentant une cirrhose, mais l'effet de ces thérapies sur le risque de cancer était jusqu'à présent peu connu", a rappelé le Pr Brillanti.

Une récidive dans les six mois

Dans l'étude conduite avec ses collègues de l'Université de Bologne, les 344 patients VHC+ inclus avaient, dans la majorité des cas, une cirrhose de type compensée (score Child Pugh de classe A). La moitié d'entre eux (55%) ont été en échec de traitement par interféron pégylé/ribavirine. Les autres n'avaient jamais été traités.

Sur l'ensemble de la cohorte, 17% patients (n=59) avaient des antécédents de carcinome hépatocellulaire. Ils avaient pu bénéficier d'une chimioembolisation (TACE) et/ou d'une ablation par radiofréquence (RFA). Lors de l'inclusion, aucun d'eux ne présentait de lésion néoplasique.

Les patients ont tous reçu, pendant 12 semaines, un traitement par AAD, qui consistait en une administration de sofosbuvir/simeprevir (34% des patients), de la combinaison 3D ombitasvir/paritaprevir/ritonavir (22%), de sofosbuvir/ribavirine (17%), sofosbuvir/daclatasvir (16%) ou de sofosbuvir/ledipasvir (10%).

A l'issue des 12 semaines de traitement, la RVS (charge virale indétectable pendant 24 semaines consécutives) était observée chez 89% des patients traités.

Dans les six mois qui ont suivi la fin du traitement par AAD, 7,6% des patients (n=29) traités ont développé un hépatocarcinome. En considérant uniquement ceux ayant déjà été confrontés à ce cancer, le taux de CHC s'élève à 29% (n=17).

L'âge et le stade de la fibrose comme facteurs de risque

Aucune corrélation n'a été observée entre le risque de CHC et le type de traitement par AAD utilisé. De même, le génotype du VHC n'est pas lié de manière significative à ce risque.

Parmi les patients ayant développé un hépatocarcinome, ceux qui sont confrontés à une récidive sont plus jeunes, comparativement à ceux qui n'ont pas d'antécédents pour ce cancer, l'âge moyen étant respectivement de 56 ans et 73 ans.

Ils présentaient également un stade de fibrose plus avancé. Et ils  avaient plus souvent reçu une thérapie anti-VHC, 88% d'entre eux ayant déjà été traités, avant de recevoir les AAD, contre 62% pour les patients sans antécédents de cancer.

Ces résultats suggèrent que les patients cirrhotiques infectés par le VHC "doivent bénéficier d'un suivi rapproché après un traitement par AAD", a conclu le Pr Brillanti, qui précise que d'autres recherches sont nécessaires pour comprendre les mécanismes biologiques en jeu.

Des résultats "inattendus"

L'autre étude, publiée dans Journal of Hepatology, a été menée par le Pr Jordi Bruix et ses collègues de l'Hospital clinic de Barcelona (Espagne). Elle a inclus 103 patients atteints d'une hépatite C et ayant des antécédents d'hépatocarcinome.

Au moment de recevoir le traitement par AAD, ils ne présentaient plus de lésions nodulaires. Après une période de suivi médiane de 57 mois, 27,6% des patients (n=16) ont développé à nouveau un CHC. La récidive du cancer est apparue à une période médiane de 3,5 mois.

 
Nous soupçonnons une perturbation dans la surveillance des tissus par le système immunitaire. Pr Laurent Castera
 

"Ces résultats sont inattendus", a commenté le Pr Laurent Castera (Hôpital Beaujon, AP-HP, Clichy), secrétaire général de l'Association européenne pour la santé du foie (EASL), lors d'une conférence de presse. "Nous soupçonnons une perturbation dans la surveillance des tissus par le système immunitaire".

"Avant toute conclusion, d'autres études à plus long terme sont nécessaires", estime-t-il. En attendant, lorsqu'une mise sous traitement  par AAD est envisagée, "nous devons rester très vigilants vis-à-vis de ces patients".

L'EMA étend sa réévaluation des AAD A la suite de la publication de l'étude espagnole dans Journal of Hepatology, l'EMA a indiqué, dans un communiqué, que la procédure de réévaluation des AAD était étendue pour étudier ce risque de récidive d'hépatocarcinome.

Cette procédure a été initialement lancée, en mars dernier, par le Comité pour l'évaluation des risques en matière de pharmacovigilance (PRAC) de l'EMA, en raison d'un risque de réactivation du virus de l'hépatite B (VHB) après utilisation des AAD.

La réévaluation portera sur le sofosbuvir en monothérapie (Sovaldi®, Gilead) ou en association avec le lédipasvir (Harvoni® , Gilead), le siméprévir (Olysio® , Johnson et Johnson) ou le daclatasvir (Daklinza® , BMS), ainsi que sur la multithérapie AbbVie, combinant dasabuvir (Exviera® ) et ombitasvir/paritaprévir/ritonavir (Viekirax® ).

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....