Le CDC reconnait que le Zika est à l’origine des microcéphalies

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

14 avril 2016

Atlanta, Etats-Unis -- C’est officiel, pour le CDC, relayé par le New England Journal of Medicine, le virus Zika est bien à l’origine de microcéphalies et de lésions neurologique du développement. Le Dr Sonja Rasmussen (Atlanta, Etats-Unis), précise qu’il s’agit d’un « tournant dans l’histoire de cette épidémie puisque le lien est désormais établi et que la communication sur la prévention pourra désormais être argumentée par le risque réel de microcéphalies, en particulier aux Etats-Unis où la population est encore très mal informée sur les conséquences d’une infection virale ».

Critères de tératogénicité Shepard, postulat de Koch

Les lésions sont d’autant plus marquées que la mère est infectée au cours du premier ou deuxième trimestre de grossesse.

Cette avancée a été rendue possible par un travail mené au sein du CDC afin d’établir formellement le potentiel tératogène. Comme le reconnait le Dr Rasmussen, « ce travail aurait dû être anticipé dès l’apparition des premiers cas. La détermination du lien de causalité a été plus longue car elle ne s’est faite qu’en se fondant sur des critères cliniques ».

Les infectiologues du CDC ont donc analysé les études épidémiologiques disponibles, à partir des critères de tératogénicité de Shepard qui prennent en compte le degré d’exposition à l’agent potentiellement causal et l’incidence de la pathologie. Trois des 7 critères de la grille d’évaluation de Shepard étant acquis, le lien a été établi.

Ils ont aussi analysé le déroulement de l’épidémie selon le postulat de Koch.

Pour cela, ils se sont référés au travail effectué en Polynésie Française et au Brésil. Les données confirmant la présence de virus dans le tissu cérébral infantile ou dans le liquide amniotique et les imageries pratiquées sur les enfants ont été des éléments clés de leur réflexion.

Leur conclusion est formelle : Zika est à l’origine de microcéphalies et d’autres malformations telles qu’un excès de peau au niveau du scalp, des lésions oculaires et des malformations articulaires. Les lésions sont d’autant plus marquées que la mère est infectée au cours du premier ou deuxième trimestre de grossesse.

De 1 à 29 % des nouveaux nés

Reste que des questions sont encore sans réponse pour le Dr Rasmussen. Les données épidémiologiques sont en effet assez discordantes sur l’incidence des malformations chez les femmes infectées, puisque les chiffres vont de 1 à 29 % des nouveaux nés.

Par ailleurs, un travail supplémentaire est nécessaire afin de préciser le type de risque en fonction de l’évolution de la grossesse puisque les fausses couches semblent plus fréquentes pendant le premier trimestre et les malformations neurologiques pendant le second.

Enfin, l’équipe du CDC n’exclue pas la possibilité de l’impact d’un cofacteur tel la dengue, par exemple.

Fort de ces nouvelles données, le CDC ne modifie pas ses consignes de prévention de l’infection :

-précautions de voyages pour les femmes enceintes,

-protection contre les piqures de moustiques,

-protection sexuelle lorsque le partenaire est infecté,

-surveillance des grossesses.

 

REFERENCE :

1. http://www.cdc.gov/media/releases/2016/s0413-zika-microcephaly.html

2. Rasmussen S, Jamieson D, Honein M, Petersen L. Zika Virus and Birth Defects — Reviewing the Evidence for Causality. NEJM. DOI: 10.1056/NEJMsr1604338

Liens

Centre d'information sur le virus Zika

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