Arrêt des défibrillateurs en fin de vie : les patients en savent-ils assez pour décider ?

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

11 avril 2016

Chicago, Etats-Unis —Peu de porteurs de défibrillateurs implantables (DAI) savent que leur appareil peut être désactivé pour prévenir les chocs douloureux inutiles en fin de vie, selon deux études présentées lors du congrès de l’ American College of cardiology (ACC) 2016 [1,2].

D’après des études récentes, près d’un tiers des patients porteurs d’un DAI reçoivent toujours des chocs au cours des derniers jours de leur vie, indique un des communiqués de l’ACC [1].

« Lorsque vous êtes au stade des soins palliatifs, les défibrillateurs implantables n’ont souvent plus un rôle protecteur. Si une personne est en stade terminal d’un cancer, le défibrillateur ne va pas prolonger sa vie mais il y a de grandes chances pour qu’il provoque des douleurs et empêche une mort sereine », explique le Pr Dilek Yilmaz (Centre Cœur et poumon, CHU de Leiden, Pays-Bas), auteur principal de la première étude.

 
Dans de nombreux cas, il est cruel de laisser le défibrillateur jusqu’au bout -- Dr Silvia del Castillo
 

« Ces chocs sont souvent beaucoup plus fréquents le dernier jour que n’importe quel autre jour de la vie. Je pense que dans de nombreux cas, il est cruel de laisser le défibrillateur jusqu’au bout. Lorsque les médecins n’informent pas correctement sur la possibilité désactivation, cela va contre le droit des patients à prendre leur propre décision », commente le Dr Silvia del Castillo (cardiologue, hôpital universitaire de Fuenlabrada, Madrid, Espagne), auteur de la deuxième étude.

Trois sociétés savantes, la Heart Rhythm Society (HRS) [3], l’European Heart rythm Association [4] et l’ European Society of Cardiology (ESC ) ont pourtant publié des recommandations incitant les médecins à informer leurs patients de la possibilité de désactiver leur défibrillateur dans les derniers jours de vie.

Des patients qui ne savent pas ; des médecins qui ne parlent pas

Dans l’étude espagnole, le Dr del Castillo et coll. ont suivi 243 patients porteurs de DAI pendant des consultations dans trois hôpitaux. D’après les résultats de leur enquête, la plupart ont montré un bon niveau de compréhension de ce qu’était le défibrillateur et de son fonctionnement. En revanche, ils étaient bien moins nombreux à avoir clairement compris l’option de désactivation ou ce qui arriverait s’ils le désactivaient : 68 % des patients pensaient que les chocs étaient inévitables en cas d’arythmie et 21 % pensaient qu’une désactivation entraînait un arrêt cardiaque immédiat. Seuls 38 % étaient conscients de la possibilité de demander une désactivation à leur médecin et seuls 37 % savaient qu’en fin de vie, la désactivation était recommandée par des grandes sociétés savantes.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....