Risque d’IC sous antidiabétique : une étude innocente les incrétines mais la FDA maintient ses avertissements sur 2 gliptines

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

6 avril 2016

Montréal, Canada, Silver Spring, E-U — Les résultats de l’étude SAVOR-TIMI ont un temps fait craindre que les tout derniers antidiabétiques (notamment les gliptines) lancés sur le marché puissent induire un sur-risque d’insuffisance cardiaque. Pour évaluer la réalité de cet effet secondaire potentiel dans la vraie vie avec une puissance statistique suffisante, des chercheurs canadiens ont inclus près de 1,5 millions de patients diabétiques de type 2. Pour finir, leur étude observationnelle parue dans le NEJM, montre que les incrétino-mimétiques (à savoir les analogues du GLP-1 et les inhibiteurs de la DPP4) ne sont pas associés à une majoration du risque d’hospitalisation pour insuffisance cardiaque [1]. Et pourtant, quasiment simultanément, la FDA publie une nouvelle alerte pour deux gliptines, la saxagliptine (Onglyza®, AstraZeneca Pharmaceuticals LP) et l’alogliptine (Nesina®, Takeda Pharmaceuticals) [2].

Données contradictoires

La vie des gliptines n’est pas un long fleuve tranquille. A peine mis sur le marché, les inhibiteurs de la dipeptidylpeptidase-4 (DPP-4) ont été d’abord soupçonnés d’augmenter le risque pancréatique avant qu’on les associe à un sur-risque cardiovasculaire. L’étude SAVOR présentée à l’ESC en 2013 a, en effet, troublé les esprits en montrant un excès d'hospitalisations pour insuffisance cardiaque de 27% dans un groupe de patients diabétiques traités par saxaglitine vs placebo. Au point que la FDA a décidé d’imposer aux firmes commercialisant des gliptines, en l’occurrence la saxagliptine (AstraZeneca/BMS) et l’alogliptine (Takeda), d’apposer une information quant à une possible majoration de l’insuffisance cardiaque (voirnotre article), et ce, malgré l’absence de d'augmentation des cas d'insuffisance cardiaque dans EXAMINE avec l’alogliptine (voir notre article). En ne montrant aucun signal de sécurité cardiovasculaire avec la sitagliptine, l’étude TECOS s’était montrée rassurante ( voir notre article). De son côté, la FDA applique le principe de précaution et a renouvelé hier son alerte concernant les deux gliptines, saxagliptine et alogliptine, sous la forme d’une actualisation de son avertissement de 2014 : les professionnels de santé doivent arrêter les médicaments contenant l’une ou l’autre des gliptines chez les patients qui développeraient une insuffisance cardiaque et surveiller le contrôle du diabète. Ils sont par ailleurs appelés à déclarer tout effet secondaire en relation avec la consommation de ces spécialités [2].

Avoir une puissance statistique suffisante

Pour leur part, considérant que les dernières analyses sur les incrétino-mimétiques n’avaient pas la puissance statistique nécessaire pour répondre clairement à la question d’un potentiel sur-risque d’insuffisance cardiaque, des chercheurs canadiens ont mis au point un large essai conçu pour évaluer celui-ci très spécifiquement. Pour ce faire, ils ont rassemblé une vaste cohorte (6 292 449 participants) comprenant des patients canadiens, américains et anglais qui se sont vus prescrire un traitement antidiabétique, hors insuline, de type biguanides (metformine), inhibiteurs des alpha-glucosidases, sulfamides hypoglycémiants, glinides, gliptines et analogues du GLP-1 ou des combinaisons de ces médicaments. A partir de cette cohorte, ils en ont extrait une autre comprenant tous les patients (soit 1 499 650 au total répondant aux critères d’inclusion) ayant démarré leur traitement l’année où les incrétino-mimétiques ont été mis sur le marché. Il s’agissait donc soit de patients nouvellement traités pour leur diabète, soit de patients sous traitement issu de la nouvelle classe thérapeutique des incrétino-mimétiques en substitution ou en complément de leur traitement habituel.

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