Douleur thoracique : moins de dépenses avec les patients acteurs de leur devenir

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

7 avril 2016

Chicago, Etats-Unis --Délivrer une information claire et simple sur les investigations cardiaques complémentaires après un bilan négatif pour douleur thoracique aux urgences permet de faire baisser de plus de 15 % les coûts de santé dans cette indication, selon les résultats d’une étude multicentrique sur plus de 900 patients présentée à l’occasion du congrès de l’American College of Cardiology 2016 par le Dr Erik Hess (Rochester, Etats-Unis). Ce travail conclut que les patients peuvent devenir des acteurs éclairés de la gestion financière de leur santé. Il semble difficile néanmoins à généraliser, en particulier en France où les coûts directs pour les malades des examens complémentaires sont rarement répercutés du fait d’une prise en charge plus systématique qu’aux Etats-Unis.

3 à 10 milliards de dollars d’investigations

 
3 à 10 milliards de dollars sont déboursés chaque année pour des explorations cardiaques complémentaires après un bilan initial négatif.
 

« Le médecin doit prendre le temps d’expliquer simplement les enjeux de santé grâce à un support papier délivrant des informations personnalisées. Chez les personnes qui ont souffert de douleurs thoraciques et dont le bilan effectué aux urgences (ECG, troponine) est négatif, ce type d’approche permet de faire diminuer les hospitalisations pour surveillance et réalisation d’un test d’effort de 19 %. Le nombre des coronarographies diagnostiques baisse pour sa part de 16 %. Pour autant, l’incidence des pathologies cardio-vasculaires majeures à un mois n’est pas majorée chez les personnes les plus informées », explique en conférence de presse le Dr Erik Hess.

Dans un pays où 3 à 10 milliards de dollars sont déboursés chaque année pour des explorations cardiaques complémentaires après un bilan initial négatif, il est devenu nécessaire de réfléchir à la question de la juste prise en charge. Et ce d’autant plus que le diagnostic de douleur thoracique est devenu le deuxième motif de recours aux urgences aux Etats-Unis et qu’il génère des hospitalisations, des bilans injustifiés, des faux positifs qui seront explorés et des niveaux d’irradiations importants pour des personnes qui souvent reconsultent pour le même motif dans les mois et années qui suivent le premier épisode.

Des supports visuels pour améliorer le niveau des connaissances

Après avoir mis en place une étude monocentrique sur ce sujet, le Dr Hess s’est associé avec les praticiens de 5 autres services d’urgence. Ils ont tous ensemble inclus un total de 899 patients (âge moyen 50,6 ans, 58 % de femmes, 55 % d’hypertendus, 69 % de dyslipidémiques, 59 % de personnes ayant une histoire familiale de maladie cardiaque). Etaient exclus les patients dont les tests initiaux étaient positifs (ECG, troponine) et ceux qui souffraient de maladies cardio-vasculaires ou qui avaient consommé de la cocaïne.

Deux groupes de patients ont été individualisés : groupe intervention (447 patients) et groupe contrôle (451 patients).

« Grace au support visuel dont nous disposions, nous avons pu partager nos décisions avec les patients en les rassurant, en leur expliquant leur risque individuel et en précisant à l’aide de pictogramme ce que signifiait ce risque individuel. La question des examens complémentaires et de leur coût était abordée dans un deuxième temps. Tous les patients ont été soumis à distance de leur passage aux urgences à un questionnaire général permettant d’apprécier leurs connaissances sur les pathologies coronariennes », continue le Dr Hess.

 
Le diagnostic de douleur thoracique est devenu le deuxième motif de recours aux urgences aux Etats-Unis.
 

Pronostic similaire à 30 jours

A 30 jours, aucune différence n’a été notée quant au nombre des gestes de revascularisation dans les deux groupes (1 % dans le groupe contrôle contre 2 % dans le groupe intervention), et quant à la survenue d’infarctus du myocarde (1 contre 4).

En revanche, l’impact financier du fait de la baisse des admissions et des examens a été évalué à 15 %.

En outre, l’analyse du questionnaire à un mois montre que les patients du groupe intervention étaient mieux informés que ceux du groupe contrôle sur les pathologies coronariennes (53 % de réponses exactes aux questions contre 44,6 %).

 

REFERENCE:

  1. Hess E. Involving Patients with Low Risk Chest Pain in Discharge Decisions: A Multicenter Trial. Session du dimanche 3 avril 2016. ACC 2016

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....