10 ans d’alertes sur les antidiabétiques : le dessous des cartes

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

6 avril 2016

            

Pr André Scheen

            

Lyon, France– Retour sur 10 ans d’alertes en diabétologie lors du congrès de la Société Francophone du Diabète (SFD 2016). L’impression est que certaines, au moins, de ces alertes ont été largement surjouées. Différents acteurs peuvent tirer profit du buzz autour du risque d’un médicament ; nul ne l’ignore. Mais le Pr André Scheen (Liège, Belgique), lui, l’a rappelé [1].

L’ancien président de la SFD a donc donné un aperçu du dessous des cartes, en dissociant les faits de « considérations personnelles qui n’engagent pas la SFD », a-t-il bien souligné.

« Pour un même signal d’alerte, tout le monde s’en moque ou tout le monde s’excite. Les alertes perturbent les personnes qui ne savent pas comment elles peuvent apparaitre », a résumé le Pr Scheen.

L’agenda

Le rythme des alertes en diabétologie semble remarquablement stable : une tous les 2 ans.

2007 – Rosiglitazone et risque coronarien

2009 – Insuline glargine et risque de cancer. (Retrait du benfluorex en France).

2011 – Analogues de GLP-1 et risques de pancréatite aiguë et de cancer du pancréas. (Retrait de la pioglitazone en France pour risque de cancer de la vessie).

2013 – Inhibiteurs de DPP-4 et risque d’insuffisance cardiaque.

2015 – Inhibiteurs de SGLT-2 et risques d’acidocétose et de fracture.

2017 - ?...

2007 : la rosiglitazone

La publication de la méta-analyse de Steve Nissen suggérant un sur-risque coronarien avec la rosiglitazone fait grand bruit. Ce risque n’est pas retrouvé dans l’essai RECORD , analysé en urgence. Deux ans plus tard, une nouvelle analyse de RECORD à 5 ans ne retrouve toujours pas de sur-risque de morbi-mortalité CV, même si l’étude manque de puissance pour conclure sur les infarctus du myocarde (IDM).

En 2010, Nissen remonte au créneau et publie une seconde analyse dans les Archives of Internal Medicine , analyse qui retrouve toujours un risque d’IDM, quoiqu’atténué par rapport à la première. Problème, dans sa seconde analyse, « Nissen a exclu RECORD à laquelle il trouve des biais », commente le Pr Scheen.

En 2013, la FDA fait un peu marche arrière, et lève certaines restrictions sur la rosiglitazone. En France, manœuvre inverse, on vient de retirer la pioglitazone, qui serait « un peu meilleure, et dont « l’absence en France pose problème ».

Aujourd’hui, il reste bien un problème sur l’insuffisance cardiaque, d’ailleurs dûment observé dans RECORD. « Le problème des glitazones est leur retentissement hydrique et l’insuffisance cardiaque », résume le Pr Scheen, qui note également l’existence d’un papier récent, suggérant que qu’une gliflozine pourrait être l’agent idéal à associer avec la pioglitazone. Du risque coronarien mis en avant en 2007, en revanche, il ne reste plus grand-chose. L’alerte était pure affaire de prudence ?

Au chapitre de ses considérations personnelles, le Pr Scheen affirme s’être « laissé dire que c’est un peu par vengeance personnelle vis-à-vis de GSK que Nissen a attaqué la rosiglitazone ».

Les sources ne sont pas nommées, mais sont décrites comme « bien informées », et « diverses et concordantes ».

« Des négociations entre GSK et Nissen pour la participation de ce dernier à un programme clinique, auraient échoué – sur le volet financier, comme toujours ». Le règlement de compte a d’ailleurs parfaitement réussi puisque l’action GSK s’est (transitoirement) effondrée.

S’agissant de la pioglitazone, l’interdiction en France est fondée sur l’étude de Neumann , qui suggère un sur-risque de cancer de la vessie. Les résultats sont toutefois contredits par une étude de la Kaiser Permanente (Assurance-santé privée californienne), rappelle le Pr Sheen.

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....