Devrions-nous tous manger sans gluten?

Pr William F. Balistreri

Auteurs et déclarations

4 mai 2016

Dans cet article

Diagnostic : un arbre décisionnel

La distinction entre maladie coeliaque, SGNC et autres troubles attribués au blé, peut être contestée. Il reste qu’elle est importante pour la prise en charge au quotidien : il est contre-productif de débattre sur la réalité de la SGNC ; les patients sont bien là  et en demande de soins.[8,49,50]

L’approche actuelle consiste à éliminer une maladie coeliaque et une allergie au blé, à effectuer des tests à la recherche d’autres intolérances alimentaires ou troubles gastro-intestinaux, et à fournir des données actualisées sur le bénéfice et les conséquences non désirées de l’éviction du gluten sur ces différents syndromes. [50]

Il est également important d’informer les patients et leur famille sur les limites des connaissances actuelles. Enfin, il peut être efficace d’individualiser les recommandations et stratégies diététiques en éliminant séquentiellement certains composants de la classe des FODMAPs, les produits à base de blé, et/ou le gluten.

En raison de l’absence de biomarqueurs spécifiques de SGNC, le diagnostic est donc « confirmé » par le régime diététique, suivi d’un test de réintroduction du gluten, effectué si possible en double–aveugle et versus placebo. Mais ceci reste une approche clinique complexe, chronophage, et difficile d’accès. Et même avec les informations en mains, le diagnostic de SGNC reste incertain, puisqu’il est difficile de savoir si les effets bénéfiques du régime sans gluten sont dus au retrait de la protéine gluten, ou à l’éviction d’autres composants comme les glucides fermentescibles et les inhibiteurs de l’amylase-trypsine. [49]

Khabbani et collaborateurs[51] ont revu les dossiers de 238 patients ayant consulté pour évaluation des symptômes sous régime sans gluten, sans avoir éliminé au préalable une maladie coeliaque. En fait, 42% d’entre eux avaient une maladie coeliaque et 52% une SGNC. Dans leur majorité (67%), les sujets atteints de maladie coeliaque présentaient des symptômes de malabsorption, retrouvés chez 25% seulement des cas de SGNC. De plus, les patients atteints de maladie coeliaque avaient des antécédents familiaux de maladie cœliaque, et présentaient des antécédents personnels de maladie auto-immune ou des carences nutritionnelles.

Sur la base de ces résultats, les auteurs ont proposé un algorithme diagnostique pour différencier la maladie coeliaque de la SGNC. [51] Ils estiment que les sujets présentant des sérologies cœliaques négatives (IgA tTG ou IgA /IgG DGP) lors d’un test d’introduction du gluten, n’ont vraisemblablement pas de maladie cœliaque. Lorsque des sujets présentant une sérologie négative,  ne présentent par ailleurs aucun signe clinique de malabsorption, ni de facteur de risque de maladie cœliaque, il s’agit très probablement de SGNC. Ces sujets ne requièrent généralement pas de tests complémentaires. Les sujets qui présentent des résultats sérologiques équivoques doivent bénéficier d’un typage HLA, le cas échéant suivi d’une biopsie.

En cas d’ambiguïté diagnostique, Guandalini et collaborateurs[48] proposent de contrôler le taux de lymphocytes T gamma/delta intra-épithéliaux, spécifiques de la maladie cœliaque, ou de rechercher des dépôts d’anticorps IgA anti-transglutaminase (TTG) dans la muqueuse intestinale.

Questions en suspens

Comme l’exposent Fasano et collaborateurs,[8] une meilleure compréhension des présentations cliniques de la SGNC est nécessaire. Il en va de même de sa pathogénie, de son épidémiologie, de sa prise en charge, et de son rôle dans des affections comme le SCI, la fatigue chronique, et l’auto-immunité. Un consensus clair, basé sur une véritable revue scientifique et collégiale, doit également permettre d’établir une nomenclature et les définitions à utiliser dans les différents troubles reliés au gluten et au blé.

Idéalement, une nosologie bien définie devrait venir remplacer les termes de sensibilité du gluten (SGNC), de sensibilité au blé (SBNC) et de syndrome d’intolérance au blé. De même pour les différentes présentations et mécanismes des syndromes qui répondent à l’éviction du gluten. Il faut espérer que cette classification pourra reposer sur des biomarqueurs spécifiques, et que chaque entité clinique pourra faire l’objet d’un traitement.

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....