POINT DE VUE

Anticancéreux : des marges supérieures à l’industrie de luxe

Manuel Rodrigues

Auteurs et déclarations

8 avril 2016

Le blog du Dr Manuel Rodrigues – Oncologue

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Le prix auquel l’industrie pharmaceutique facture les médicaments en cancérologie – même le prix réel, tenu confidentiel – ne permettra pas à l’actuel système de soins de continuer durablement à prendre en charge les patients. Entre spécialistes, l’information n’est pas un scoop. Mais voilà qu’avec l’appel lancé dans le Figaro par 110 cancérologues, l’affaire est maintenant sur la place publique.

« Le prix des médicaments a augmenté massivement ces 10-15 dernières années », rappelle le Dr Rodrigues, « principalement avec les thérapies ciblées ». Depuis des années, « on continue de rembourser les nouveaux médicaments, parfois avec un bénéfice clinique pas très important, sans se poser la question du prix. On vit actuellement une véritable bulle ».

Côté industrie, l’image vertueuse d’une R&D prioritaire en prend un coup : ce sont quelques 15% de son CA que l’industrie investit en R&D.  Les marges dépassent celles de l’industrie du luxe. Et la question que se pose un laboratoire en demandant un prix pour un médicament n’est pas, ou plus : « combien est-il raisonnable de le vendre sachant tel investissement en R&D, mais quel sera le prix maximal toléré par la société ? »

« La situation pourrait être pire », note pourtant le Dr Rodrigues, qui rappelle que la France est l’un des pays d’Europe où les médicaments sont les moins chers, et que les médicaments sont deux fois moins cher en Europe qu’aux États-Unis.

Outre-Atlantique, où la situation est « terrible », le Glivec® qui a largement assuré le retour sur investissements en R&D, ne cesse d’augmenter. Et le Dr Rodrigues rapporte le cas d’anciennes chimiothérapies, relativement bon marché, qui, rachetées par d’autres laboratoires, ont vu leur prix multiplié par un facteur 500.

En France, un mouvement de déremboursement des médicaments qui ne sont pas formellement utiles aux patients, s’amorce. Selon le Dr Rodrigues, nombre de cancérologues l’approuvent, mais demandent par ailleurs plus de transparence : « il faut que la démarche soit limpide et transparente, en accord avec les malades et les médecins ». Et ceci pour ne pas en arriver à des situations telles qu’en connait la Grande-Bretagne, qualifiée de « peu enviable ».

 

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