Transfert de microbiote : une stratégie potentielle dans les MICI

Stéphanie Lavaud

30 mars 2016

Paris, France – L’intérêt porté au microbiote intestinal ne cesse de grandir au point d’avoir imaginé que son transfert d’un individu sain à un individu malade puisse avoir un rôle thérapeutique. De fait, après avoir obtenu une indication dans le traitement de l’infection à Clostridium difficile, la transplantation fécale est désormais à l’étude dans d’autres pathologies, et notamment les maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (ou MICI). Promoteur de cette technique en France, le Dr Harry Sokol (service d’hépato-gastro-entérologie, hôpital Saint-Antoine, Paris) a fait le point aux sur ce qu’il a qualifié de « stratégie assez attractive » pour un certain nombre de pathologies lors des Journées Francophones d’Hépato-gastroentérologie et d’Oncologie Digestive (JFHOD) 2016 [1].

Microbiote : définition, facteurs d’influence et fonctions
On appelle microbiote l’ensemble des microorganismes présents dans l’intestin, soit un écosystème extrêmement dense – plus de 1011 microorganismes dans un gramme de selles – doté d’immenses capacités métaboliques. Cette flore est essentiellement composé de bactéries, où prédominent deux espèces : les firmicutes et les bactéroïdes, aux côtés de champignons et de virus. Outre la génétique, l’environnement est le principal facteur susceptible d’influencer le microbiote via l’alimentation, les antibiotiques, les médicaments en général, la survenue d’infections, le tabagisme, ou encore le mode d’accouchement.

Le microbiote joue un rôle majeur dans nombre de fonctions physiologiques. Il occupe :

- des fonctions métaboliques (production de certaines vitamines et d’acides gras à chaines courtes) ;
- des fonctions dans le maintien de la barrière intestinale en induisant la production des immunoglobulines A, en renforçant les jonctions serrées, en induisant la production de peptides antimicrobiens par les cellules épithéliales ;
- un rôle de protection vis-à-vis des pathogènes en occupant les niches écologiques dans l’intestin ;
- un rôle dans le développement, la maturation et la stimulation du système immunitaire ;
- un rôle dans la modulation des fonctions cérébrales ;

Enfin, le microbiote est impliqué dans nombre de dérèglements de l'organisme comme les pathologies intestinales (MICI, syndrome de l’intestin irritable) mais aussi le cancer colorectal, la stéatose hépatique non alcoolique (NASH), le diabète et l’obésité.

Un haut niveau de preuves dans les infections récidivantes à Clostridium difficile

« Compte-tenu du rôle joué par le microbiote dans la physiologie de l’organisme, la transplantation fécale est apparue comme une stratégie assez attractive dans un certain nombre de pathologies » a expliqué le Dr Sokol. Le principe est relativement simple : il s’agit de remplacer un microbiote anormal ou dysbiotique par un microbiote sain. Aujourd’hui, la transplantation fécale dans le cadre du soin se limite à une indication : les infections récidivantes à Clostridium difficile, une pathologie dont l’incidence est en augmentation et pour laquelle les antibiotiques sont peu efficaces.

« La transplantation était utilisée depuis plusieurs années dans cette indication, avec des cas rapportés sporadiquement, jusqu’à ce qu’une étude parue en 2013 dans le NEJM change vraiment la donne [2] » a rapporté l’orateur. Dans cette publication, une équipe hollandaise rapportait, en effet, des taux de résolution de l’infection à C. difficile à 10 semaines de 80% à 95% dans le groupe « vancomycine puis transplantation fécale » contre 30% dans le groupe « vancomycine seul » (traitement classique). Des chiffres totalement inhabituels qui ont d’ailleurs conduit à l’arrêt prématuré de l’étude pour des questions évidentes d’éthique. Et ce « sans qu’aucun effet secondaire grave n’ait été rapporté, si ce n’est des douleurs abdominales et des troubles du transit transitoires pendant moins d’une journée ».

De tels résultats ont conduit à inclure la transplantation fécale dans les recommandations internationales, qu’elles soient américaines (American College of Gastroenterology) ou européennes via la Soc iété européenne d'infectiologie (European Society of Clinical Microbiology and Infection -ESCMID) et même à lui attribuer le plus haut niveau de preuve [3].

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