Empagliflozine : on ne s’explique pas la baisse de mortalité des diabétiques observée dans EMPA-REG

Vincent Bargoin

Auteurs et déclarations

25 mars 2016

Lyon, France L’empagliflozine (Jardiance®, Boehringer Ingelheim/Lilly) fait partie des espoirs de la diabétologie, mais aussi de ses principales questions. Dans EMPA-REG-OUTCOME , l’anti-SGLT-2 s’est montré capable de faire baisser la mortalité de patients diabétiques à haut risque cardiovasculaire de plus de 30%. Mais d’où vient cette réduction, sachant que les infarctus du myocarde et les accidents vasculaires cérébraux (AVC), eux, ne baissent pas ? L’éventail des hypothèses va de l’effet rythmique, avec une baisse des morts subites effectivement observée, à l’effet pléïotrope sur le rein et la pression artérielle (PA) notamment.

Lors du congrès de la Société Francophone du Diabète (SFD 2016) ces hypothèses ont été présentées et commentées par un diabétologue, le Pr André Sheen (Université de Liège, Belgique, ex-Président de la SFD) et un cardiologue, le Pr Franck Boccara (CHU Saint-Antoine, Paris) [1].

L’étude de non infériorité a viré à la supériorité

On se souvient que l’étude EMPA-REG-OUTCOME avait été menée conformément aux exigences de la FDA, qui, depuis 2008 et la mise en cause de la rosiglitazone dans la méta-analyse de Steve Nissen , impose à tout nouvel antidiabétique de faire la preuve de sa sécurité cardiovasculaire. Or, l’empagliflozine s’est non seulement montrée sure sur ce plan, satisfaisant le critère de non infériorité par rapport au placebo voulu par la FDA, mais elle s’est également montrée largement bénéfique, passant la barrière de la supériorité pour le critère primaire et les principaux critères secondaires.

Cette réduction [de la mortalité] est un résultat qu’on n’avait jamais vu en diabétologie -- Pr André Sheen

Selon les résultats présentés à l’ EASD 2015 , cette étude menée sur quelque 7000 patients dans 42 pays, montre en effet une réduction de 14% des évènements CV majeurs. Cette réduction est essentiellement tirée par une spectaculaire réduction des décès : 38% pour les décès CV, de 32% des décès toutes causes. On note également une réduction de 35% des hospitalisations pour insuffisance cardiaque (IC).

« Cette réduction [de la mortalité] est un résultat qu’on n’avait jamais vu en diabétologie, et qu’on ne voit pratiquement plus en cardiologie chez des patients correctement traités », a commenté le Pr Sheen.

Mais d’où vient-elle ?

A une question naturellement posée dans l’assistance sur l’effet du hasard, les Prs Sheen et Boccara ont répondu que l’hypothèse est fort peu vraisemblable. Le Pr Boccara a relevé que certains bénéfices observés portent sur des effectifs relativement faibles, qui se comptent en dizaines de patients. Mais il a également souligné « la cohérence des résultats ».

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....