Toxicité des algues brunes aux Antilles : une nouvelle menace pour les populations

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

22 mars 2016

Maisons-Alfort, France — « La population des Antilles doit être informée des risques pour la santé liés à l’exposition du gaz H2S (sulfure d’hydrogène) produit pas la décomposition des algues Sargasse… Elle doit être informée que les algues ne doivent pas être manipulées » conclut l’ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire Alimentation, Environnement, Travail) dans son avis relatif à « la problématique des émanations issues d’algues Sargasses en décomposition aux Antilles et en Guyane ». Après l’épidémie de Zika dans ces mêmes régions, les populations locales sont à nouveau menacées par un risque sanitaire qui pourrait aussi avoir des conséquences sur le tourisme.

Odeur d’œuf pourri

Depuis 2011, les îles des Antilles – tout comme le Mexique et la Floride – font face à des échouages réguliers d’algues Sargasses. L’origine de cette multiplication des algues pourrait être liée à l’utilisation massive d’engrais au Brésil et des bancs entiers d’algues flottantes se développeraient au large de ce pays. Dans la plupart des pays concernés, ces algues sont collectées et épandues .

Si les touristes se plaignent avant tout de l’odeur d’ « œufs pourris (gaz H2S)» des algues en décompensation, ils décrivent aussi des démangeaisons suites aux baignades. Les habitants en contact réguliers, eux, se plaignent d’irritations oculaires et de gène respiratoire.

Dans ces conditions, un avis des autorités sanitaires sur les risques avérés liés à l’exposition était nécessaire.

Pour l’ANSES, « une partie de la population des départements français d’Amérique est exposée de manière quasiment constante depuis un an à des émanations de H2S avec parfois des pics élevés (concentrations inférieures à 5 ppm avec quelques pics à 10 voire 15 ppm) ».

Une exposition supérieure au taux toxique

« Les effets chez l’homme liés à une exposition aiguë sont bien connus (effets neurologiques et respiratoires de gravité croissante avec la concentration d’exposition), les effets liés à des expositions sub-chronique et chronique au sulfure d’hydrogène sont en revanche moins documentés… Pour des expositions chroniques à des concentrations de 10 ppm ou moins, les premiers effets observés sont des syndromes irritatifs des voies aériennes supérieures et des yeux… sans atteinte des fonctions pulmonaires. Des effets neurocomportementaux et des symptômes neurologiques – troubles de l’équilibre, modification du temps de réaction, limitation du champ visuel, céphalées, perte de mémoire, asthénie – sont suspectés. En l’état actuel des connaissances, aucune conclusion ne peut être tirée quant à une potentielle cancérogénicité de l’H2S ».

En raison d’un « risque sanitaire pour les populations, l’ANSES recommande la mise en place immédiate de mesure de prévention des expositions pour les professionnelles et la population générale …. Une partie de la population étant d’ores et déjà exposée à des concentrations d’H2S supérieures aux valeurs toxicologiques de référence chroniques existantes ».

Ramasser, épandre…et mettre en place une étude épidémiologique

« Afin de réduite le nombre d’individus exposés …l’ANSES recommande la mise en place d’un ramassage régulier des algues échouées en privilégiant les moyens mécaniques… avec des chantiers de ramassage balisés… et une information de la population sur les risques pour la santé, notamment à proximité des plages où les algues sont en décomposition».

« L’exposition des travailleurs des algues doit être tracée et accompagnée de mesure de protection individuelle… Des détecteurs de H2S permettront de réaliser le suivi des expositions individuelles… Un journal des incidents doit être tenu pour chaque travailleur ».

« Une fois ramassées, avant stockage, les algues doivent être épandues en couches minces… les algues sèches ne présentent plus de risque de fermentation donc d’émanation de H2S ».

Enfin, l’ANSES recommande la mise en place d’une étude épidémiologique prospective pour mieux connaître les effets de l’exposition chronique au H 2S.

 

REFERENCE :

  1. Avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation , de l’environnement et du travail relatif à « la problématique des émanations issues d’algues Sargasses en décomposition aux Antilles et en Guyane », 17 février 2016.

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