Purple drank : le cocktail récréatif à base de médicaments qui inquiète

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

14 mars 2016

En France, alors que les premiers signalements ont été rapportés au réseau d’addictovigilance de l’ANSM en 2013, on constate depuis une nette augmentation.

Sur la période janvier 2009 à décembre 2014, 17 signalements de « purple drank » ont été répertoriés dont 12 en 2014. Une notification concernait l’usage de prométhazine « seule » (sans codéine). Les 16 autres faisaient mention de polyconsommation avec l’association de prométhazine et codéine ou plus rarement de dextrométhorphane, un dérivé morphinique antitussif d'action centrale pour lequel une information aux professionnels de santé sur un usage détourné a déjà été publiée en novembre 2014.

Parmi 8 notifications spontanées, 1 correspond à un mésusage, 2 concernent une dépendance et 5 portent sur des mésusages compliqués d’intoxications chez des jeunes de 12 à 17 ans.

En 2015, le cocktail continue à gagner en popularité puisqu’entre janvier et août, 18 signalements de « purple drank » ont été répertoriés dont 7 notifications spontanées.

« Cette consommation de cocktail à base de sirop codéiné se place dans le contexte d’un retour des opiacés médicamenteux. C’est un vrai problème aux Etats-Unis où il y a plus d’overdoses aux opiacés médicamenteux qu’à l’héroïne. Il n’est pas étonnant que ce phénomène réapparaisse en France d’une manière ou d’une autre, notamment avec ces médicaments codéinés », conclut le Pr Reynaud.

« Nous sommes au début du problème. Pour l’instant, les jeunes sont vus dans les services d’urgence et non dans les services spécialisés dans la prise en charge de l’addiction car il faudra des années pour que la dépendance s’installe chez les gros consommateurs. En revanche, il faut qu’il y ait, dès maintenant, une évaluation addictologique et psychiatrique un peu fine, pour essayer de voir si ces jeunes risquent d’être en difficulté. Cette consommation peut être une porte d’entrée dans l’addiction », a commenté lePr Michel Reynaud.

La codéine est un opiacé indiqué chez l’enfant de plus de 12 ans et l’adulte dans le traitement symptomatique de la toux ou des douleurs d’intensité modérée à intense. La prométhazine est un antihistaminique H1 indiqué dans le traitement symptomatique des manifestations allergiques et en cas d’insomnies occasionnelles. Ces deux médicaments se présentent sous différentes formes utilisées pour la fabrication du « purple drank » (comprimé, sirop et solution buvable).
D’autres associations dangereuses
Plus rarement, d’autres médicaments peuvent être utilisés, comme le dextrométhorphane ou l’association paracétamol-codéine, dont la consommation abusive présente un risque supplémentaire d’hépatotoxicité. En outre, de nombreux décès ont été rapportés avec le mélange prométhazine-méthadone.

Les médicaments concernés peuvent faire l’objet de demandes dissociées dans des pharmacies différentes, rendant difficile l’identification d’un mésusage.

REFERENCES :

1.ANSM-Point d'Information. Usage détourné de médicaments antitussifs et antihistaminiques chez les adolescents et les jeunes adultes .10 mars 2016

2. ANSM. Comité technique des Centres d’Evaluation et d’Information sur la Pharmacodépendance . Résultats de l’enquête actualisée d’addictovigilance sur la prométhazine et l’association prométhazine/codeine. Séance du 17 septembre 2015

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