Purple drank : le cocktail récréatif à base de médicaments qui inquiète

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

14 mars 2016

Saint Maurice, France — L’ANSM alerte les professionnels de santé sur la popularité croissante du « purple drank », un cocktail euphorisant à base de sirop codéiné, de prométhazine et de limonade. Les signalements d’abus et de mésusage touchent principalement les adolescents et les jeunes adultes [1].

« Délivrés avec ou sans ordonnance, ces médicaments peuvent être utilisés par des adolescents ou des jeunes adultes à des fins récréatives ou de « défonce », indique l’agence.

« Les signalements ont augmenté nettement avec des achats suspects en pharmacie, des mésusages simples mais également des mésusages compliqués d’intoxication ayant nécessité une hospitalisation chez de jeunes usagers, avec une évolution favorable », a indiqué le Comité technique des Centres d’Evaluation et d’Information sur la Pharmacodépendance (CEIP) de l’ANSM en septembre 2015 [2].

En termes de populations touchées, les signalements de « Purple drank » concernent des garçons comme des filles, majoritairement des adolescents, le plus jeune ayant 12 ans, mais aussi de jeunes adultes.

"Lancé" par un rappeur américain

L’émergence du « purple drank » date de la fin des années 1990 aux Etats-Unis. Il doit sa couleur au sirop codéiné le plus utilisé aux Etats-Unis qui est violet. Le premier à avoir revendiqué la prise de « purple drank » est le rappeur DJ Screw en 1992. Le cocktail, très prisé par les rappeurs américains, est devenu « un problème de santé publique dans la population jeune » aux Etats-Unis, précise l’ANSM.

Tableaux cliniques aux urgences

Les symptômes rapportés lors des intoxications font état notamment de trouble de la vigilance (somnolence), des troubles comportementaux avec agitation, confusion ou délire et dans un cas de crises convulsives. Par ailleurs, un cas de décès a été rapporté chez un adulte chez qui de la prométhazine a été mise en évidence avec d’autres substances psychoactives à des taux toxiques dont l’un était extrêmement élevé.

Aussi, selon la base de données (VigiBase) de l’OMS, deux overdoses et deux suicides ont été rapportés avec l’association prométhazine-codéine.

Compte-tenu de la facilité d’accès des médicaments utilisés pour la fabrication du « purple drank » et des risques graves encourus, l’ANSM recommande « d’être particulièrement vigilants face à toute demande, attitude ou constatation d’usage qui semblerait suspecte, en particulier si elle émane de jeunes adultes ou d’adolescents. » Elle signale également que « cette consommation peut également être une porte d’entrée dans l’addiction pour les jeunes » et appelle à déclarer les cas d’abus.

Pr Michel Reynaud

« Cette consommation de cocktail à base de sirop codéiné se place dans le contexte d’un retour des opiacés médicamenteux, commente pour Medscape le Pr Michel Reynaud, chef du département de psychiatrie et d’addictologie à l’hôpital Paul Brousse (Villejuif). C’est un vrai problème aux Etats-Unis où il y a plus d’overdoses aux opiacés médicamenteux qu’à l’héroïne. Il n’est pas étonnant que ce phénomène réapparaisse en France d’une manière ou d’une autre, notamment avec ces médicaments codéinés ».

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