Un rapport final sur le suicide du Pr Megnien qui en dit peu sur la victime

Jean-Bernard Gervais

Auteurs et déclarations

26 février 2016

Paris, France – Le rapport final de la mission nommée par Martin Hirsch, directeur général de l'AP-HP, sur le suicide du Pr Bernard Megnien, vient d'être rendu public. Les rapporteurs s'attardent sur des dysfonctionnements sans rapport avec ce drame, et ignorent d'autres éléments, notamment au sujet du harcèlement subi par le professeur qui s'est donné la mort.

Vives critiques

Après le premier rapport d’étapes rendu en janvier et vivement critiqué, notamment par des médecins de l’AP-HP, la mission interne à l’AP-HP sur le suicide en décembre dernier du Pr Bernard Megnien, vient de rendre son rapport final [1]. Cette mission, conduite par Sophie Dessaule, et les professeurs Patrick Hardy et Didier Houssin, avait été installée par Martin Hirsch, directeur général de l’AP-HP, et le professeur Gérard Friedlander, doyen de Paris Descartes. À peine rendu public, ce rapport final, à l’instar du rapport d’étapes, faisait l’objet de vives critiques provenant principalement de l’association Les amis de Jean-Louis Megnien . Ce rapport ne porte pas précisément sur les circonstances et les causes du suicide du Pr Megnien, mais est « destiné à élargir la réflexion à une analyse du contexte et des dysfonctionnements plus larges dont ce drame, et les réactions qu’ils suscite, peuvent être le révélateur ». De fait, la direction de l’AP-HP, prétextant un élargissement de l’enquête au sujet du Pr Megnien, en a profité pour régler ses comptes avec certains médecins, en particulier au sujet de l’exercice libéral à l’hôpital.

Trois domaines problématiques soulevés par l’AH-HP :

- les problématiques hospitalo-universitaires ;

- la prévention des risques psycho-sociaux ;

- la gouvernance médico-administrative.

Jeu de dupes et entre-soi

Les rapporteurs reviennent en particulier, parmi les points de blocage hospitalo-universitaires, sur les nominations de chefs d’unité fonctionnelle, de service ou de département. Le Pr Megnien, à ce sujet, a été confronté à deux dysfonctionnements. Chose étonnante : la succession du Pr Simon à la tête du Centre de médecine préventive cardio-vasculaire (CMPCV) s’est réglé dans un entre-soi inhabituel, entre les trois médecins de cette petite unité. Le Pr Chironi devait prendre la tête du CMPCV en 2012, auquel devait succéder le Pr Megnien en 2017. Mais en 2015, le Pr Chironi étant sur le départ, c’est le Dr Syriex qui prend la tête du CMPCV, éclipsant par là-même le Pr Megnien. « Tous ces éléments ont pu donner à penser que l’accord tripartite sur la chefferie du CMPCV était une manière déguisée d’en exclure le professeur Megnien ». Nul besoin d’ajouter que ce jeu de dupes a certainement dû aggraver l’état dépressif du Pr Megnien, pour le pousser, finalement au suicide.

Aucune réponse aux alertes sur l’état de détresse du Pr Megnien

Non seulement le Pr Megnien a souffert d’un arrangement bancal, mais aucune des alertes sur son état de santé n’a été prise au sérieux. En janvier 2014, le Pr Megnien, dans un mail adressé au Pr Crickx, évoquait déjà son suicide comme seul échappatoire. En novembre de la même année, les Prs Halimi et Zegdi adressaient chacun un mail à la direction de l’HEGP, pour l’alerter sur l’état de détresse du professeur Megnien. Des mails restés sans réponse. Résultat, « en décembre 2015, la reprise du travail du Pr Megnien après neuf mois d’arrêt de travail n’a pas été anticipée au regard du risque psycho-social ». Quelques jours plus tard, il se suicidait.

Exercice libéral à l'hôpital, un sujet sans rapport avec le drame

La mission se penche aussi sur la gouvernance médico-administrative, pour en souligner certains dysfonctionnements. Qui semblent, pour le coup, totalement déconnectés du suicide du Pr Megnien. Les rapporteurs font, par exemple, état de difficultés pour la direction à intervenir dans les affaires médicales au sujet de deux affaires récentes : de soi-disant pratiques de dessous de table en chirurgie plastique, le piratage de mails de la direction au sujet de l’activité de certains chirurgiens de l’HEGP. La mission s’attarde également sur l’exercice libéral à l’hôpital. « Le suicide du professeur Megnien a réveillé le conflit ouvert deux ans plus tôt au sein de l’hôpital à propos d’excès en termes d’exercice libéral ». Sans en apporter la moindre preuve, la mission affirme que les appels à la démission de la directrice de l’HEGP provenant de certains médecins à la suite du suicide du Pr Megnien étaient en fait motivés par la régulation de l’exercice libéral à l’hôpital, dont la direction aurait « tenté de limiter les dérives ». À ce sujet, l’association Les amis de Jean-Louis Megnien a vivement réagi à cette accusation : « Tous les développements concernant l’activité libérale sont hors de propos dans le contexte de ce rapport et traduisent les opinions personnelles des auteurs. De plus, personne n’a demandé le renvoi du directeur général. »

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