POINT DE VUE

Réaction du Pr Granger au verdict de l’Académie sur le burn-out

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

18 février 2016

            

Pr Bernard Granger

Paris, France – Le rapport remis à l’Académie de médecine cette semaine ne reconnait pas le burn-out comme une maladie (voir notre article). Dans ce cas, de quoi s’agit-il ? Nous avons interrogé le Pr Bernard Granger, professeur de psychiatrie à l'université Paris Descartes et responsable du service psychiatrie à l'hôpital Tarnier (Paris).

Medscape-Quel est votre première impression sur le rapport de l’Académie de médecine sur le burn out ?

Pr Bernard Granger : Je suis étonné que d’éminents spécialistes du burn-out et de la souffrance au travail comme Marie Pezé, Christophe Dejours ou Yves Clot n’aient pas été auditionnés. Je pense qu’ils auraient pu apporter une contribution intéressante.

Pour l’Académie de médecine, le « burn-out » est une source de confusion en raison des limites imprécises de cette réalité ». Qu’en pensez-vous ?

 
Il y a quelque chose de paradoxal dans ce texte qui dit d’une part que le burn-out est un « concept flou » et d’autre part qu’il faut le prévenir.
 

Pr B.G : Je quitte à l’instant un patient victime d’un burn-out... Je ne suis pas d’accord pour dire que le burn-out est une source de confusion. Le burn-out est assez bien défini, on en connait bien les symptômes. D’ailleurs, ce rapport décrit assez bien ce que c’est. Il y a quelque chose de paradoxal dans ce texte qui dit d’une part que le burn-out est un « concept flou » et d’autre part qu’il faut le prévenir.

Comment expliquer ce paradoxe ?

Pr B.G : L’Académie de Médecine est probablement restée prudente en raison des enjeux politiques et financiers sous-jacents. Si le burn-out est considéré comme une maladie, voire une maladie professionnelle, étant donné sa fréquence, la quantité d’indemnisations à payer serait énorme. En outre, cela remettrait en cause certaines méthodes de management, y compris dans les hôpitaux.

Le burn-out est absent des nosologies psychiatriques. Pourquoi ?

Pr B.G : Le fait que le burn-out ne soit pas mentionné dans les nosologies est plus une critique des nosologies que de la notion de burn-out.

D’après le rapport, l’échelle diagnostique de Christina Maslach MBI (Maslach Burnout Inventory) qui est la plus fréquemment utilisée, semble inadaptée. Qu’en est-il selon-vous?

 
L’Académie de Médecine est probablement restée prudente en raison des enjeux politiques et financiers sous-jacents.
 

Pr B.G : C’est le cas pour toutes les échelles utilisées en pathologie mentale. Le diagnostic est clinique et on peut s’aider d’une échelle. Chaque échelle doit être interprétée en fonction du contexte et de l’individu. On ne mesure pas le burn-out comme on mesure la taille ou le poids.

Que pensez-vous de ces propos du Dr Patrick Légeron dans le Figaro : « Des recherches permettront peut-être de mieux délimiter le burn out, mais, aujourd’hui, il n’est pas sérieux, psychiatriquement, de valider ce diagnostic » ?

Pr B.G : Je pense que le burn-out est un concept validé. Le rapport de l’Académie de médecine le décrit d’ailleurs très bien. En revanche, l’ambiguïté vient du fait qu’on veut en faire un trouble psychiatrique. Le burn-out est associé à certaines méthodes de management, à une organisation du travail qui est maltraitante. Il s’agit d’un stade initial qui a ses symptômes propres. On peut considérer que ce sont ses complications (conduites addictives, dépression…) qui peuvent être d’ordre psychiatrique. « Les dépressions d’épuisement peuvent d’ailleurs être reconnues comme maladies professionnelles « hors tableau ».

Je tiens à souligner que le burn-out ne touche pas nécessairement les personnes qui ont une fragilité mentale au départ. Ce n’est d’ailleurs souvent pas le cas. Le rapport insiste beaucoup sur les fragilités personnelles ce qui, à mon avis, fait débat.

 

Commenter

3090D553-9492-4563-8681-AD288FA52ACE
Les commentaires peuvent être sujets à modération. Veuillez consulter les Conditions d'utilisation du forum.

Traitement....