Si « le burnout n’est pas une maladie » alors c’est quoi?

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

18 février 2016

Paris-France -- Est-ce un hasard du calendrier ? Alors que le député socialiste Benoît Hamon a déposé une proposition de loi ce mercredi pour faciliter la reconnaissance des cas d'épuisement professionnel comme maladie professionnelle, l’Académie nationale de Médecine (ANM) a rendu, la veille, un rapport à charge sur la notion de « burn-out » qu’elle qualifie de « réalité mal définie » qui ne saurait être considéré comme « un diagnostic médical ».

« Le burn-out, un concept flou absent des nosologies psychiatriques », selon l’ANM

Selon les rapporteurs membres de l’Académie, les Prs Jean-Pierre Olié et Patrick Légeron , tous deux psychiatres à l’hôpital Sainte-Anne de Paris, le terme de burn-out confond « détresse (ou fatigue) et pathologie émotionnelle » qui « elle seule justifie un traitement notamment médicamenteux ». « Le terme de burn-out ne peut donc être actuellement un diagnostic médical ».

 
Le terme de burn-out ne peut donc être actuellement un diagnostic médical.
 

La symptomatologie de ce que l’on appelle le « burn-out » est trop large, regroupant : trouble de l’adaptation, état de stress post-traumatique, état dépressif et parfois simple désarroi psychologique. Une hétérogénéité confirmée par les données de la biologie, d’après les auteurs.

Pour conforter sa position, le rapport de l’Académie de médecine souligne d’ailleurs que le « burn-out » ne figure pas dans les nomenclatures internationales de référence des maladies mentales (DSM-V de l’American Psychiatric Association et CIM 10 de l’OMS).

Dans ces recommandations, l’Académie indique que « des actions doivent être mises en œuvre par les organismes en charge de la recherche médicale pour l’établissement de critères cliniques, l’identification des mécanismes physio et psychopathologiques et, en conséquence, de modalités préventives et thérapeutiques de l’épuisement professionnel. »

Le burn-out ne figure pas dans le DSM-V, souligne l’Académie.

 
Le burn-out ne figure pas dans le DSM-V, souligne l’Académie.
 

Elle indique également qu’une priorité doit être donnée aux maladies dites de société (complications somatiques et psychiques du stress) dans les programmes de formation des professionnels de santé.

Enfin, elle souligne qu’une collaboration entre médecine du travail et management de l’entreprise est nécessaire dans une démarche de prévention du burn-out et qu’il est urgent que le Ministère de la Santé développe des campagnes d’information auprès du grand public et des professionnels de soins pour une promotion de la santé mentale.

Interrogé par Medscape édition française, le Pr Bernard Granger (hôpital Tarnier, Paris) a commenté les principaux arguments du rapport (Voir notre article ).

Un concept de plus de 50 ans
Le concept d’épuisement professionnel a été introduit pour la première fois en juin 1959 par le psychiatre français Claude Veil dans un article intitulé « les états d’épuisement ». Selon lui, l’apparition de l’épuisement survient quand il y a « franchissement d’un seuil ». « Tout se passe comme à la banque : tant qu’il y a une provision, les chèques sont honorés sans difficulté, quel que soit le montant. Mais, dès qu’on se retrouve à découvert, le tirage, si petit soit-il, devient impossible. Chaque individu possède ainsi un certain capital, une marge d’adaptation plus ou moins large, et qui lui appartient en propre. Tant qu’il reste à l’intérieur, en homéostasie, il peut en jouer indéfiniment. S’il vient à la saturer, la fatigue (le relevé de compte) l’en avertit ; s’il continue, même le plus petit effort supplémentaire va le conduire à la faillite, il se désadapte. Cherche-t-il des expédients de trésorerie ? Ce sera le dopage, le café, l’alcool surtout ».

En 1971, Herbert Freudenberger, psychanalyste allemand établi à New York emploie le premier le terme de burn-out professionnel pour décrire le découragement de bénévoles consacrant leur temps à aider des usagers de drogues dures. « […] je me suis rendu compte que les gens sont parfois victimes d’incendie, tout comme les immeubles. Sous la tension produite par la vie dans notre monde complexe, leurs ressources internes en viennent à se consumer comme sous l’action des flammes, ne laissant qu’un vide immense à l’intérieur, même si l’enveloppe externe semble plus ou moins intacte ».

Dans les années 80, le psychologue américaine Christina Maslach décrit le burn-out comme une conséquence de réactions de stress quotidiens ayant usé l’individu.

Source : rapport de l’Académie de médecine

 

Le Pr Granger n’a pas de liens d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique.

 

REFERENCE :

Académie nationale de médecine. Rapport sur le Burn-out. 16 février 2016.

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