Les IPP seraient associés à un risque accru de démence

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

18 février 2016

Rostock, Allemagne – Une étude allemande pharmaco-épidémiologique trouve une association (hazard ratio [HR], 1,44; [IC95%], 1,36 – 1,52; P < 0,001) entre la consommation d’inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) dans une population de patients âgés et l’augmentation du risque de démence [1]. Ce résultat vient corroborer un précédent travail mené par la même équipe sur l’étude AgeCoDe (hazard ratio [HR], 1,38; [IC95%], 1,04 – 1,83) [2]. Des résultats qui incitent à la prudence même si d’autres études sont bien sûr nécessaires avant d’envisager des modifications radicales de prescription de cette classe de traitements – par ailleurs, disponibles en vente libre et parmi les plus vendus dans le monde –- chez les sujets âgés. Elles devront confirmer cette association et établir le lien de cause à effet.

Les données de la plus grande assurance maladie allemande

Les IPP – surtout quand ils sont prescrits au long cours – sont décidément dans le collimateur. Après les avoir soupçonnés d’augmenterle risque d’ostéoporose, celuid’infarctus du myocarde et, tout récemment, le risque infectieux et celui de maladie rénale, les voici désormais sur la sellette quant au risque de démence chez les sujets âgés. Dans une large analyse pharmaco-épidémiologique fondée sur les bases de données de l’assurance maladie AOK (1/3 de la population d’Allemagne), une équipe germanique a établi un lien entre IPP et risque de démence. Il s’agit en fait d’une confirmation puisqu’à l’occasion d’une précédente grande étude de cohorte prospective, longitudinale et multicentrique, ces mêmes chercheurs avaient détecté une association significative. Moins précise que ce premier travail qui s’était intéressé de façon très détaillée aux dossiers médicaux de 73.679 sujets de plus de 75 ans hébergée en maison de retraite, allant jusqu’à investiguer la présence de l’apoliprotéine E4 (Apo E4), cette nouvelle étude pharmaco-épidémiologique a, en revanche, l’avantage de la taille puisqu’elle a inclus un large panel de personnes – 73.679 sujets de plus de 75 ans – pour pouvoir valider le signal.

Mécanismes neurobiologiques au stade des hypothèses
Reste à savoir par quels mécanismes les IPP pourraient impacter négativement sur le risque de démence. Et les chercheurs n’en sont aujourd’hui qu’au stade des hypothèses.

La première d’entre elles est que les IPP seraient capables d’interagir avec des enzymes du cerveau – hypothèse étayée par le fait que le lansoprazole et l’oméprazole sont capables de traverser la barrière hémato-encéphalique. Une équipe a ainsi montré chez l’animal et sur des cultures cellulaires une augmentation des taux de protéine β-amyloïde après traitement par IPP, résultant d’une activité modifiée des secrétases [3].

Deuxième hypothèse : en inhibant l’acidité cérébrale, les IPP contribueraient à une moindre dégradation de la protéine β-amyloïde au niveau des lysosomes de la microglie cérébrale [4].

Enfin, une troisième hypothèse fait intervenir une déficience en vitamine B12 liée aux IPP, laquelle est associée à des dommages cérébraux et une altération de la cognition.

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