Emphysème : un nouveau traitement mini-invasif et implantable

Stéphanie Lavaud

Auteurs et déclarations

19 février 2016

Pr Gaëtan Deslée

Lille, France – Les résultats du premier essai clinique multicentrique de phase III, REVOLENS, évaluant le traitement par spirales endobronchiques de l’emphysème dans 10 centres hospitalo-universitaires français viennent de paraitre dans le JAMA [1]. La réduction de volume pulmonaire obtenue grâce à cette nouvelle technologie mini-invasive a permis d’améliorer significativement la capacité d’exercice et la qualité de vie de patients présentant un emphysème sévère par rapport à une prise en charge classique, basée notamment sur la réhabilitation respiratoire et les traitements médicamenteux. Si ce n’est son coût – autour de 25 000 euros -, ce dispositif implantable pourrait constituer une option supplémentaire pour des patients qui n’en n’ont pas beaucoup dans cette pathologie sévère et handicapante. Un dossier a été déposé auprès des autorités sanitaires françaises en vue d’un remboursement. Explications du Pr Gaëtan Deslée, chef du service des Maladies Respiratoires du CHU de Reims, à l’occasion du Congrès de Pneumologie de Langue Française (CPLF2016).

Les spirales à mémoire de forme : un mécanisme d’action original


Les spirales PneumRx® sont faites d’un matériau à mémoire de forme appelé nitinol, un alliage de nickel et de titane identique à celui qui est utilisé en endovasculaire (stents). Elles s’actionnent d’elles-mêmes après avoir été introduites, contraintes en position horizontale, à l’aide d’un bronchoscope muni d’un canal opérateur de 2,8 mm et reprennent leur forme initiale une fois déployées. Les spirales agissent en comprimant les tissus pulmonaires et en retendant le réseau de voies aériennes afin d’augmenter mécaniquement le retour élastique dans le poumon atteint. Ces « tuteurs métalliques » viennent compenser la perte d’élasticité pulmonaire qui caractérise l’emphysème. Cette pathologie, souvent associée à la BPCO, est due à une destruction du tissu de soutien alvéolaire qui compromet la mécanique ventilatoire. Chez le patient, elle se traduit par la limitation de la capacité à inspirer et expirer correctement, entrainant un essoufflement et une altération importante de la qualité de vie.

En pratique :

• De 10 à 11 spirales sont réparties dans le lobe supérieur ou de 10 à 14 dans le lobe inférieur dans le cadre d’une intervention bronchoscopique;

• Chaque intervention dure environ 30 à 45 minutes. Le patient sort le lendemain de l’intervention.

Evaluation d’efficacité, de sécurité et de coût dans 10 CHU français

Après la thermoplastie bronchique dans l’ashme sévère, une autre technique interventionnelle novatrice fait la preuve de son intérêt en pneumologie, cette fois-ci, dans l’emphysème. Minimalement invasive, réalisée au cours de très courtes hospitalisations, la pose de spirales endobronchiques vient de faire l’objet d’une évaluation d’efficacité, de sécurité et de coût dans dix centres hospitalo-universitaires français qui pratiquent aujourd’hui l’intervention. L’objectif principal était de comparer l’amélioration des capacités à l’effort obtenue par la réduction volumique endobronchique par spirales associée au traitement médical à celle obtenue à l’aide du traitement médical seul dans l’emphysème sévère. Coordonnée par le Pr Gaëtan Deslée, l’étude de phase 3 randomisée REVOLENS a inclus 100 patients (71 hommes et 29 femmes (âge moyen, 62 ans) souffrant d’un emphysème bilatéral, tous ont reçu le traitement usuel (voir encadré) et 50 patients se sont vus proposer la réduction volumique par pose de spirales endobronchiques.

Approches thérapeutiques actuelles de l’emphysème
Les approches de première intention sont celles de la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) :

- un sevrage tabagique strict ;

- bronchodilatateurs de longue durée utilisés par voie inhalée ;

- corticoïdes inhalés et oxygénothérapie ;

- et une réhabilitation respiratoire (réentrainement à l’effort, éducation thérapeutique, diététique).

Quand cela ne suffit pas, le seul recours est la réduction chirurgicale du volume pulmonaire mais avec des taux élevés de morbidité et de mortalité. La transplantation de poumons, seul traitement curatif des BPCO au stade terminal, est quant à elle une procédure si lourde qu’elle ne concerne que très peu de patients, au stade terminal, jeunes et sans comorbidités.

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