Benzodiazépine et démence: des précisions sur les produits et situations à risque

Vincent Richeux

Auteurs et déclarations

15 février 2016

Paris, France - - L'utilisation prolongée de benzodiazépines est associée à un risque accru de démence chez les personnes âgées. Un sur-risque qui concerne surtout les molécules à demi-vie longue, lesquelles sont à éviter pour cette population, a rappelé le Pr Hélène Verdoux (service de psychiatrie adulte, CHU de Bordeaux), lors d'une intervention au 14ème congrès de l’Encéphale [1].

En 2012, une étude du Pr Bernard Bégaud (CHU de Bordeaux) et de ses collègues, à laquelle le Pr Verdoux a participé, a mis en évidence un risque accru de près de 50% de développer une démence chez les personnes âgées de 65 ans et plus, consommant des benzodiazépines. Avant la parution de l'étude, les autorités de santé avaient lancé une campagne de sensibilisation, afin de modérer l'utilisation de somnifères chez les personnes âgées.

Jusqu'à 84% de risque majoré

Menés par la même équipe, de nouveaux travaux [2] sont venus depuis confirmer ce risque majoré, en apportant des précisions sur la durée d'exposition aux benzodiazépines, a indiqué le Pr Verdoux. Les chercheurs ont pu également distinguer les molécules à demi-vie longue (≥ 20 heures) de celles à demi-vie courte (< 20 heures).

Cette fois, l'étude a utilisé les données de la Régie d'assurance maladie du Québec (RAMQ), qui a l'avantage de préciser le diagnostic, contrairement à la base de données française, a expliqué la psychiatre, également épidémiologiste. « On peut aussi connaitre le type de molécules prescrite et la durée d'exposition ».

Les chercheurs ont ainsi extrait les données concernant 1800 patients de plus de 65 ans, atteints de la maladie d'Alzheimer, suivis sur une période d'au moins six ans. Ils les ont ensuite comparées à celles de 7200 patients de la même tranche d'âge, en bonne santé.

L'analyse a montré que la moitié des patients (49,8%) atteints de la maladie d'Alzheimer avaient pris des benzodiazépines, contre 40% dans le groupe contrôle. Dans 64,8% des cas, ils prenaient toujours ces médicaments lorsque la maladie a été diagnostiquée.

Il est apparu que l'usage de benzodiazépines pendant moins de six mois, était aussi fréquent dans un groupe que dans l'autre. En revanche, une utilisation sur plus de six mois a été plus souvent observée chez les patients atteints de la maladie d'Alzheimer.

15 000 à 50 000 cas de démence par an dus à l’exposition aux BZD ?

Selon cette étude, une utilisation de benzodiazépines pendant trois mois ou plus est associée à une hausse moyenne du risque de développer ultérieurement une maladie d'Alzheimer de 51%.

Les chercheurs ont rapporté un risque variable selon la durée d'exposition et le type de molécule. Si le sur-risque n'est pas significatif pour une durée d'utilisation des benzodiazépines de moins de trois mois, il atteint 32% (IC95% : 1,01-1,74) pour 3 à 6 mois d'utilisation et 84% (IC95% : 1,62-2,08) pour une durée supérieure à 6 mois.

En considérant la durée d'action des molécules, un risque de maladie d'Alzheimer majoré de 70% (IC95% : 1,46-1,98) a été associé aux benzodiazépines à demi-vie longue, contre 43% (IC95%:1,27-1,61) pour celles à demi-vie courte.

En plus du risque encore plus élevé avec les benzodiazépines ayant une longue activité pharmacologique, il apparait que « le risque de démence augmente avec la durée d'exposition », a affirmé le Pr Verdoux. Ce qui renforce la suspicion d’un lien de cause à effet.

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