Avancées sur le front de la causalité entre microcéphalie et Zika

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

12 février 2016

Ljubljana, Slovénie--Et si la réponse à la question  de causalité entre les microcéphalies et le virus Zika venait d’un petit pays  de l’Est de l’Europe ? C’est possible, si l’on s’en réfère à la  publication du NEJM [1] qui rapporte  pour la première fois la présence d’ARN viral en quantité (10 millions de  copies/mg) dans le cerveau d’un enfant microcéphale dont la mère avait débuté  une grossesse à Rio Grande au Brésil avant de gagner l’Europe.

Cette  jeune femme de 25 ans, d’origine européenne, travaillait dans le Nordeste du  Brésil lorsque sa grossesse s’est déclarée, fin février 2015. A 13 semaines d’aménorrhée,  elle a présenté des signes cliniques compatibles avec une infection par le  Zika. Deux examens échographiques ont été pratiqués à 14 et 20 semaines et ils  n’ont rien révélé d’anormal.

Calcifications du cortex et de la  substance blanche

La  jeune femme est rentrée en Europe à 28 SA et une échographie a été réalisée  dans la foulée. Pour la première fois, des anomalies fœtales ont été détectées  et elle a été adressée à un centre de référence. A 32 SA le retard de  croissance intra-utérine a été confirmé ainsi que les lésions cérébrales  (calcifications, hydrocéphalie.. ).

Une  interruption thérapeutique de grossesse a été pratiquée à cette date, le fœtus  a ensuite été analysé retrouvant une microcéphalie (26 cm), une agyrie, une  hydrocéphalie intéressant les ventricules latéraux et de nombreuses  calcifications dans le cortex et la substance blanche.

L’analyse  virologique par RT-PCR a permis de retrouver de l’ARN viral à des concentrations  particulièrement élevées. Les lésions cérébrales pourraient être en rapport  avec une infection neuronale et le développement du cerveau se serrait bloqué dans  les alentours de la 20 SA.

Les  auteurs qui ont, en outre, séquencé le virus soulignent qu’il présente une  similarité à 99 % avec le virus retrouvé en Polynésie en 2013, et à 98 % avec  celui qui a sévit au Cambodge en 2010.

Quatre  autres observations de la présence d’ARN du virus Zika dans le tissu cérébral  de deux enfants morts nés et de deux nouveaux nés microcéphales qui ont vécu  quelques heures sont rapportés dans Morbidity  and Mortality Weekly Report (MMWR) le 10 févier 2016 [2].

36 % de microcéphalies confirmées

Si ces  deux publications vont dans le sens de la mise en évidence d’un lien de  causalité entre microcéphalie et Zika, un gros travail de standardisation des  données est encore nécessaire, comme le précisent deux éditoriaux du Lancet [3] [4].

L’équipe  du Dr Cesar Gomez Victoria (Rio, Brésil)  [3] explique que jusqu’en août 2015, seuls 200 cas par an de microcéphalie  étaient signalés au Brésil. Entre la mi 2015 et le 30 janvier 216, 4 783 cas  suspects ont été notifiés. A ce jour, 1 103 ont déjà bénéficié de l’ensemble  des investigations complémentaires nécessaires afin d’établir la réalité de la  pathologie et un éventuel lien de causalité entre ces affections et le virus  Zika. 

Seuls  404 cas de microcéphalies ont été confirmés, pour les autres enfants, les  mesures n’avaient pas été prises de façon rigoureuses ou l’âge gestationnel  n’avait pas été  pris en compte. Parmi  ces enfants, 387 présentaient des anomalies cérébrales morphologiques et dans  17 cas une infection par le virus Zika a été confirmée chez la mère.

Au  total, dans un premier temps, 709 déclarations ont été écartées et 3 670  enfants sont encore en cours d’investigation.

Les  auteurs soulignent que les définitions prises en compte pour le déclaration ont  été modifiées en cours d’étude : en effet avant le 8 décembre 2015 tous  les enfants nés avec un périmètre crânien de moins de 33 cm ou une mesure  inférieure à 3 déviations standard étaient inclus. Après cette date, le périmètre  crânien retenu était de 32 cm.

Une demi déviation standard c’est 20 000  enfants

Les éditorialistes  expliquent aussi que la question du terme doit absolument être prise en compte.  Sur les 4 883 enfants, 69,1 % sont nés avant terme (moins de 40 SA) dans un  pays où le taux de césarienne est l’un des plus élevé au monde.

Enfin,  ils précisent que choisir comme limite 2,5 déviations standard plutôt que 2  déviations standard pourraient écarter des statistiques de microcéphalie 20 000  enfants par an au Brésil.

Dans un  second éditorial du Lancet [4], le Dr David Heymann précise que l’un des  premières mesures que l’OMS doit mettre en place après la décision de faire du  Zika un « Public Health Emergency of International Concern » est de standardiser  les mesures, de se donner les moyens d’établir le lien de causalité et de  travailler sur la chronologie des lésions en fonction de la date de  contamination intra-utérine.

 

REFERENCES :

  1. Mlakar J,  Korva M, Tul N et coll. Zika Virus Associated with Microcephaly. NEJM DOI: 10.1056/NEJMoa1600651

  2. Brasil Martines R, Bhatnagar J, Keating K et coll. Evidence of Zika Virus Infection in Brain and Placental Tissues from Two  Congenitally Infected Newborns and Two Fetal Losses — Brazil, 2015. MMWR. Early Release / February 10,  2016 / 65(06);1–2

  3. Gomes  Victoria C, Schuler Faccini L, Matjasevich A et coll. Microcephaly in Brazil:  how to interpret reported numbers? The Lancet. http://dx.doi.org/10.1016/  S0140-6736(16)00273-7

  4. Heymann D, Hodgson A, Sall A et coll. Zika virus and microcephaly: why is  this situation a PHEIC? The Lancet. DOI: http://dx.doi.org/10.1016/S0140-6736(16)00320-2

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