La vaccination antigrippale en prévention de la FA ?

Vincent Bargoin, avec Pam Harrison

Auteurs et déclarations

11 février 2016

Par rapport à un groupe contrôle constitué de sujets non vaccinés et qui n’avaient pas été infectés par la grippe (n=38353), les patients infectés et non vaccinés (n=1369) présentaient un risque relatif de FA de 1,18 (p=0,032) après ajustements.

Chez les patients vaccinés et non infectés (n=16452), le risque était en revanche plus faible que dans la population contrôle : 0,88 (p<0,001).

Chez les sujets ayant contracté une grippe malgré la vaccination (n=696), le risque de FA rejoignait celui de la population contrôle (RR=1,13 ; p=0,214).

Enfin, les auteurs soulignent qu’un risque plus faible avec la vaccination a été constaté dans tous les sous-groupes de patients, après stratifications par âge, sexe et comorbidités.

Si le risque passe par l’inflammation, un traitement aigu est possible

Selon ces chiffres, la vaccination permettrait donc une réduction de 12% de l’incidence de la FA, et même si elle n’empêche pas une grippe, elle ramènerait malgré tout le risque des patients vaccinés et infectés au niveau de celui des patients non infectés et non vaccinés, soit une réduction de 18%. Alors que la FA progresse dans la population sur un mode quasi épidémique, avec un coût très lourd en termes d’anticoagulation et d’AVC, ces chiffres n’ont évidemment rien de négligeable. Ils méritent donc une vérification dans le cadre d’une étude prospective, qui permettrait non seulement d’établir le lien causal, mais aussi de préciser le délai séparant l’épisode grippal de l’apparition d’une FA.

Au-delà de cette vérification, la question de fond est celle du mécanisme. Le fait que même lorsqu’elle n’empêche pas la survenue d’une grippe, la vaccination normalise le risque, est compatible avec l’hypothèse inflammatoire : on peut en effet supposer que l’épisode infectieux s’accompagne d’une inflammation moindre chez le sujet vacciné. En ce cas, cependant, pourquoi ne pas traiter massivement l’inflammation lors d’une grippe ? – ou d’une autre infection, d’ailleurs.

« L’étude ouvre la porte à des travaux de recherche sur l’efficacité d’un traitement plutôt que d’une prévention de la grippe », notent ainsi les deux éditorialistes. « Actuellement, quelques travaux se sont penchés sur les propriétés électrophysiologiques du tamiflu. Mais les résultats de l’étude [taiwanaise] posent la question de l’efficacité, en prévention d’une FA secondaire, d’un traitement aigu par des inhibiteurs de la neuraminidase ou d’un traitement de la réponse inflammatoire ».

Les auteurs déclarent n’avoir aucun conflit d’intérêt en rapport avec le sujet.

REFERENCES:

  1. Chan TY, Chao TF, Liu CJ, et coll. The association between influenza infection, vaccination and atrial fibrillation: A nationwide case-control study . Heart Rhythm 2016: DOI:10.1016/j.hrthhm.2016.01.026.

  2. Verma N, Knight B.The flu and atrial fibrillation: Nothing to sneeze at. Heart Rhythm 2016. DOI:10.1016/j.hrthm.2016.01.025.

  3. Udell JA, Zawi R, Bhatt DL, et coll. Association between influenza vaccination and cardiovascular outcomes in high-risk patients: a meta-analysis. JAMA . 2013 Oct 23;310(16):1711-20. doi: 10.1001/jama.2013.279206.

  4. MacIntyre CR, Heywood A, Kovoor P et coll. Ischaemic heart disease, influenza and influenza vaccination: a prospective case control study . Heart doi:10.1136/heartjnl-2013-304320.

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