Nettoyer l'ordonnance du sujet âgé

Aude Lecrubier

Auteurs et déclarations

8 février 2016

Privilégier la monothérapie d’indication et simplifier les schémas thérapeutiques

Par principe, pour ne pas alourdir les ordonnances, « on met une seule classe thérapeutique par indication à l’exception des antihypertenseurs », a indiqué le Dr Durand-Gasselin.

L’expert a d’ailleurs ajouté que la multiplicité des médicaments induisait « un effet dilution » avec peu de chance que tous les médicaments et notamment les essentiels soient réellement pris.

Il a insisté sur l’importance d’étudier, pour chaque produit, le service médical rendu et de s’engager sur une durée de traitement.

Il est souvent délicat d’arrêter la prescription d’un confrère ce qui conduit à un certain immobilisme et à des situations ubuesques.

Il a, par ailleurs, ajouté que, chez les sujets âgés, les schémas thérapeutiques pouvaient souvent être simplifiés.

« Chez les sujets parkinsoniens âgés, il est possible de passer à des administrations de L-dopa 3 fois par jour avec des formes LP au lieu de toutes les 3h30. La réduction de la fonction rénale permet de limiter le nombre de prise par jour lorsque les médicaments ont des demi-vies longues. »

Savoir arrêter un médicament

En règle générale, selon le gériatre, il n’y a pas de risque à déprescrire brutalement un médicament s’il n’y a pas d’indication ou s’il pose un problème. Il y a, toutefois, 6 exceptions qui imposent un sevrage progressif :

-les corticoïdes (risque d’effet rebond),

-les bêtabloquants (en cas d’insuffisance coronarienne, risque de tachycardie),

-les benzodiazépines (agitation, syndrome de sevrage, crise convulsive),

-les anti-épileptiques,

-les IRS

-les opiacés.

Sur le terrain, il est souvent délicat d’arrêter la prescription d’un confrère ce qui conduit à un certain immobilisme et à des situations ubuesques.

En pratique, selon le Dr Durand-Gasselin, pour arrêter un médicament, il est préférable d’en référer au médecin traitant, le chef d’orchestre, et au médecin prescripteur.

« Déontologiquement, le mieux est de donner son avis et d’inscrire « médicament à arrêter » dans le compte-rendu. Mais, si le patient est d’accord, on peut aussi décider de l’arrêter ensemble », a-t-il expliqué.

Privilégier les alternatives non médicamenteuses

Pour le Dr Durand-Gasselin, les alternatives non médicamenteuses peuvent remplacer certains médicaments.

En gériatrie, nous utilisons énormément les alternatives non médicamenteuses -- Dr Durand-Gasselin

« A la place des veinotoniques, on recommande de surélever les jambes. A la place des vitamines, on préconise de manger un petit peu de tout. A la place des laxatifs on conseille de boire. Pour diminuer les hypnotiques, on insiste sur l’importance de l’exercice physique, l’intérêt des tisanes et celui de ne pas mettre la télé dans la chambre. Dans la gonarthrose, la perte de poids marche très bien. Chez l’insuffisant cardiaque, surveiller le poids de façon hebdomadaire permet de repérer les oedèmes et ainsi de suite… Les règles hygiéno-diététiques, l’écoute et la mise en place de plans de soins structurés comme dans la maladie d’Alzheimer, permettent parfois de remplacer les médicaments », a expliqué le gériatre.

« En gériatrie, nous utilisons énormément les alternatives non médicamenteuses. Ce sont des aides humaines et les personnes aiment qu’on s’occupe d’elles », a conclu le Dr Durand-Gasselin.

Le Dr Durand-Gasselin n’a pas de liens d’intérêts en rapport avec le sujet.

REFERENCE :

  1. Bernard Durand-Gasselin. Nettoyer l’ordonnance du sujet âgé. Congrès de l’Encéphale. Mercredi 20 janvier 2016.

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