Exercer à St Denis, 93 : 3 témoignages

Julien Moschetti

Auteurs et déclarations

9 février 2016

Quand deux femmes d’origine algérienne évoquent dans la foulée les scènes de violence subies en Algérie il y a quelques années, le Dr Rousseau décide de monter un groupe de paroles avec Fabienne Asiani, la psychologue qui partage son cabinet, pour « prévenir les risques de dérives liées à l’islamisation. » Le groupe compte aujourd’hui une cinquantaine de personnes, toutes religions confondues, avec une majorité de musulmans et de femmes voilées. Les débats ont rapidement basculé vers la peur de voir les enfants basculer dans le djihadiste. »

Consultation spécialisée dédiée aux jeunes radicalisés

Le Dr Rousseau recherche désormais le témoignage de djihadistes repentis de retour en France. Elle a pris contact avec Serge Hefez, le psychiatre qui a mis en place à la Pitié Salpêtrière (Paris, 13ème) une consultation spécialisée dédiée aux jeunes radicalisés. Mais aussi le Centre de prévention contre les dérives sectaires liées à l'islam (CPDSI), la cellule de désembrigadement créée par l’anthropologue Dounia Bouzar.

Pour le Dr Rousseau, « les groupes de paroles vont au-delà des mots, ils permettent d’agir pour ne pas lâcher prise. Les banlieusards se regardent dans le blanc des yeux sans se voir, ils se sentent stigmatisés. Ils me disent souvent « On n’a pas à se justifier à propos des attentats ». Je leur propose de participer au groupe de paroles pour se démarquer haut et fort de la radicalisation. »

Des blessures profondes restes enfouies dans le corps social. Les Dionysiens s’imaginent en victimes potentielles des attentats -- Dr Frédéric Courage

Mais ce genre d’initiatives n’est pas toujours efficace, constate le Dr Courage. « Les jeunes ne sont pas venus vers nous et n’ont pas pris la parole. C’était pourtant notre cible prioritaire, ceux qui vont devoir trouver des solutions dans les dix à quinze ans à venir. Malheureusement, les gens en véritable souffrance ne s’expriment pas souvent dans les groupes de parole, ce sont les débatteurs aguerris qui monopolisent le débat. »

Et de mettre en garde contre les cicatrices invisibles qui risquent de réapparaître à moyen terme : « Les attentats du Stade de France et l’intervention du RAID ont fragilisé les liens entre les habitants. Des blessures profondes restes enfouies dans le corps social. Les Dionysiens s’imaginent en victimes potentielles des attentats. Il y avait également cette crainte sous-jacente d’être perçus comme les responsables des attentats. Malheureusement, ce ne sont pas les résultats des élections régionales qui devraient les rassurer. »

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