Echographies prénatales après exposition au Zika : les décisions de M Touraine

Dr Isabelle Catala

Auteurs et déclarations

26 février 2016

Paris, France/26 février 2016 – ACTUALISATION : Le 25 février, à l’occasion d’un déplacement en Guadeloupe, la Ministre de la santé Marisol Touraine a annoncé une prise en charge à 100% des échographies de surveillance mensuelle chez les femmes enceintes, porteuses d’une infection confirmée par le virus Zika. L’information est rapportée par l’Agence France-Presse.

Ce faisant, la Ministre entérine la position du Haut Comité de Santé Publique qui, le 22 janvier dernier, dans son « Actualisation des modalités de prise en charge des personnes atteintes par le virus Zika », prônait une surveillance échographique mensuelle chez les femmes présentant une infection confirmée par le virus Zika, et une échographie trimestrielle en cas d’exposition et en l’absence de confirmation d’une infection. Le 3 février, le Conseil National Professionnel de Gynécologie et de l’Obstétrique proposait lui, une surveillance mensuelle des femmes enceintes en cas d’exposition donc dès la suspicion d’infection.

La Guadeloupe se trouve « en phase préépidémique », a rappelé la Ministre. Le territoire compte 35 cas confirmés et 389 cas cliniquement évocateurs, dont deux femmes enceintes (l’une d’elles a accouché), a indiqué le directeur de l’Agence régionale de santé, Patrice Richard à l’AFP.

Paris, France/4 février 2016 -- Le 3 févier 2016, à l’occasion d’une conférence de presse sur l’épidémie à virus Zika, Mme Marisol Touraine, Ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits de la Femme, a souhaité « faire un point très précis sur la situation épidémiologique en France ».

« Depuis le début de l’épidémie, dans les départements français d’Amérique, 20 femmes enceintes ont été détectées positives au virus Zika. Ces femmes font l’objet d’un suivi renforcé, aucune malformation n’a été détectée à ce jour ».

Une échographie trimestrielle ou mensuelle

La question du suivi renforcé des femmes enceintes reste encore mal tranchée en France.

Le 22 janvier 2016, le Haut Comité de Santé Publique a actualisé ses recommandations de 2015 en précisant, qu’outre des campagnes d’information, il est désormais nécessaire, en cas d’infection confirmée chez la mère « de réaliser une surveillance échographique mensuelle avec recherches d’anomalies morphologiques orientées sur les signes infectieux et les malformations neurologiques, de préférence dans un centre de diagnostic anténatal surtout en cas de RT-PCR positive dans le liquide amniotique ».

Pour le HCSP

Infection confirmée : 1 échographie mensuelle

Infection non confirmée : 1 échographie trimestrielle

Chez les autres femmes exposées, en l’absence de confirmation d’infection, « une échographie par trimestre est recommandée ».

Nouveau son de cloche le 3 février 2016. Le Conseil National Professionnel de Gynécologie et de l’Obstétrique propose pour sa part que puisque « le virus Zika est généralement asymptomatique, une surveillance échographique mensuelle des biométries céphaliques fœtales est recommandée pour les femmes enceintes qui ont récemment voyagé en zone d’endémie, notamment dans la zone s’étendant du Paraguay jusqu’au Mexique y compris les Antilles, en élargissant au Cap Vert et au Pacifique à une période où elles auraient pû être exposées au risque ».

Par ailleurs, le CNPGO précise qu’en raison de la possibilité de transmission par voie sexuelle, « l’emploi du préservatif est recommandé pour les femmes enceintes dont le compagnon est suspect d’être infecté ».

Pour le collège des gynécologues

Surveillance mensuelle en cas de retour d’un pays d’endémie

Le Ministère de la santé va devoir trancher rapidement sur cette question du nombre d’échographies chez les femmes potentiellement exposées en raison des conséquences en termes de remboursement de ces actes.

Des échographies nécessaires pour établir formellement le lien

Des mesures de surveillance des enfants à naître semblent nécessaires dans deux buts : d’une part d’éviter des naissances non souhaitées d’enfants présentant des malformations cérébrales et d’autre part d’étayer la question du lien entre les microcéphalies et l’épidémie de Zika.

On sait déjà que le virus peut passer la barrière hémato-placentaire et infecter le fœtus. Par deux fois, du virus a été détecté dans le liquide amniotique et des séquences ARN ont aussi été retrouvées chez un enfant mort-né infecté.

Pour autant, le Zika suffit-il à lui seul à créer des microcéphales ? Existe-t-il un co-facteur comme le suggère le Dr Anne Schuchat du CDC américain ?

Outre l’OMS et le Haut Comité de Santé Publique qui mettent en avant l’absence de preuve formelle, la revue Nature [1] publie les propos deJorge Lopez-Camelo et Ieda Maria Orioli du Latin American Collaborative Study on Congenital Malformations(ECLAMC) qui soulignent que les données épidémiologiques dont on disposait jusque là – et qui servent désormais à calculer la progression du nombre des cas – étaient imparfaites. Ils précisent, en outre, que les critères diagnostiques de microcéphalie sont très peu spécifiques selon les données actuelles (moins de deux déviations standard ou moins de 32 cm de périmètre crânien à la naissance) et que certains enfants rattraperont les courbes normales en grandissant (en termes de périmètre cranien) sans que cela augure de l'absence de séquelles.

 

REFERENCE :

  1. Butler D. Zika virus: Brazil's surge in small-headed babies questioned by report. Nature 530, 13–14 (04 February 2016) doi:10.1038/nature.2016.19259

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